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La mort de Cléopâtre

Publié: avril 27, 2015 dans 1 arts et pouvoir, 2 femmes

La mort de Cléopâtre

Problématique: la femme

Contexte historique: au cours de la fin de la République romaine, Cléopâtre, reine d’Egypte, fut en relation avec tous les hommes politiques et eut un destin exceptionnel. Cultivée, intelligente, fine politicienne, elle fut la maîtresse de César, puis de Marc Antoine et passe pour la figure féminine la plus célèbre de l’antiquité. La postérité garde d’elle une image contrastée: considérée par les partisans du futur Auguste comme une femme manipulatrice qui use de ses charmes pour ensorceler le général Marc Antoine et ainsi obtenir de lui des « cadeaux » pour l’Egypte, elle est aussi celle qui meurt pour l’honneur et qui résiste à sa façon (un peu insolente) à l’empire romain.

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Alessandro Turchi, La mort de Cléopâtre, vers 1640
huile sur toile 255 cm x 267 cm  Musée du Louvre. Paris

A/ L’histoire: les sources littéraires

Après la défaite des troupes d’Antoine et de Cléopâtre à Actium en 31 av J.C. contre Octave, il ne reste plus aux vaincus qu’à mourir pour échapper à l’humiliation de la défaite.

La mort d’Antoine

Cléopâtre selon la version de Plutarque dans les Vies Parallèles se réfugie dans son Mausolée alors inachevé et fait prévenir Antoine qu’elle est morte. Antoine le croit et se dit à lui-même :  » O Cléopâtre, ce dont je souffre, ce n’est pas d’être privé de toi, car c’est dans l’instant que je vais te rejoindre, mais c’est que moi un général d’une telle renommée, je me sois montré inférieur en courage à une femme. »

Puis il demande à son serviteur Eros de le tuer ; ce dernier préfère se donner la mort plutôt que d’obéir à son maître. Antoine, alors, défait sa cuirasse et se frappe au ventre avec son épée. Cléopâtre fera transporter son amant agonisant au Mausolée. Octave laissera à Cléopâtre le corps d’Antoine pour qu’elle l’enterre selon ses volontés.

La mort de Cléopâtre

Cléopâtre tente d’abord de se tuer à l’aide d’une dague de brigand qu’elle portait à la ceinture, la plaie s’infecte et Cléopâtre y voit l’avantage de mourir sans avoir recours au suicide. Octave vient s’entretenir avec elle ; il la trouve vêtue d’une simple tunique. Cependant le charme fameux dont elle était douée et l’orgueil que lui inspirait sa beauté opèrent auprès d’Octave. Elle lui laisse croire à son envie de vivre puis, après son départ, décide de mettre fin à ses jours. L’aspic, selon Plutarque, aurait été placé dans une corbeille de figues, dissimulé sous des feuilles. Cléopâtre en aurait donné l’ordre pour que l’animal l’attaquât sans qu’elle le sût. En enlevant des figues, Cléopâtre le vit et offrit son bras à la morsure. Puis elle fit parvenir une lettre à Octave. Il envoya aussitôt auprès d’elle ses gens :

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(…) « ils la trouvèrent morte, allongée sur un lit d’or, parée de ses vêtements royaux. L’une de ses suivantes nommée Iras était en train de mourir à ses pieds ; l’autre, Charmion déjà chancelante et la tête alourdie arrangeait le diadème autour de la tête de sa maîtresse.  »

Telle fut la fin de Cléopâtre, fin « digne de la descendante de tant de rois  » selon le mot de Charmion à l’un des envoyés d’Octave.

Cléopâtre est au second plan du tableau. Elle occupe la place centrale. Elle est représentée, la tête inclinée, tenant dans sa main droite l’aspic mortifère, et la main gauche ouverte vers Antoine (suggérant peut-être que le lien amoureux n’est pas rompu). Ses habits, comme il sied à son rang, sont de pourpre et d’or (couleurs qui évoquent  la chaleur et la plénitude de l’ancienne vie), rehaussés de fines broderies. Ils mettent en valeur la beauté du buste, l’éclat de porcelaine de la chair. Les yeux sont mi-clos ; Cléopâtre semble glisser dans la mort avec sérénité. Auprès d’elle deux suivantes: peut-être Irias et Charmion évoquées dans le récit de Plutarque ? Elles soutiennent leur maîtresse dans ses derniers instants. Une autre, à l’arrière, porte une urne, tandis qu’à l’avant, sur la droite une femme fait un geste d’adieu à Cléopâtre et une autre essuie ses larmes. C’est une femme et une reine entourée par la sollicitude des siens  qui meurt et non une divinité insensible.

Conclusion

Alessandro Turchi a rassemblé les deux amants dans leurs derniers instants en centrant pourtant son œuvre sur Cléopâtre. Unis dans la vie, ils sont côte à côte dans la mort. L’histoire ne peut séparer leurs destins : même gloire dans leur vie, même courage dans la mort. L’éclat du triomphe d’Octave aurait été augmenté par la présence des deux captifs ; ravalant ses prétentions, il devra, selon Plutarque, se contenter de faire figurer à son triomphe la statue de Cléopâtre, l’aspic attaché au bras ! L’Histoire retiendra cependant  le respect d’Octave pour la fin digne des deux amants qu’il fera ensevelir l’un auprès de l’autre avec une magnificence royale. Turchi traduit très bien l’aspect sublime et tragique de ce double suicide.

HDA : Eléments d’analyse  pour l’extrait de la bande dessinée autobiographique Persépolis de Marjane Satrapi p134-135 in le manuel Les couleurs du français 3ème

 

Domaine artistique : art du visuel

Thématique : Arts, états et pouvoir et/ou la place de la femme dans les arts

 

Contexte biographique et historique :

 

En 1969 Marjane SATRAPI  naît à Téhéran en Iran, dans une famille progressiste.  En 1979, à la suite d’une révolution, l’Iran devient une république islamique.  Marjane Satrapi subit dans son enfance la restriction des libertés individuelles imposée par la République islamique mise en place suite à la Révolution de 1979.  Elle est envoyée par ses parents à Vienne, en Autriche, loin de la guerre et du régime. En 1988, elle retourne en Iran pour poursuivre ses études supérieures, puis, par opposition au régime, elle quitte définitivement l’Iran et s’installe en France.

En 2000 débute la publication de Persépolis, bande dessinée autobiographique, écrite en français, rencontrant un vif succès. Cette bande dessinée a été adaptée au cinéma en 2007. Le film d’animation connaît aussi un vif succès.

 

Problématique : Comment Marjane Satrapi, dans son autoportrait en bande dessinée, dénonce à la fois l’oppression des femmes, et celle de tout un peuple ?

 

 

I Les amies

  • Qui raconte ce récit ?
  • Pourquoi la narratrice se sent-elle éloignée de ses anciennes amies ?
  • Quels moyens utilisent les femmes pour montrer leur opinion ?

 

II L’oppression

  • Définissez le terme « subversion » cité dans cet extrait. Quels sont les « sujets de subversion »  évoqués dans cet extrait ?
  • Comment la dictature réussit-elle à empêcher les individus de penser ?

 

 

Marie-France NARALINGOM et les classes 306, groupe 2 de la 309-310

 

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A /Identification du tableau :

Nom de l’artiste : Lionel ROYER (1852 – 1926)   Nationalité : Française

Nom de l’œuvre : Vercingétorix jette ses armes aux pieds de César

Date de réalisation : 1899

Support: Huile sur toile                Dimensions : 321 x 482

Genre : scène historique               Lieu d’exposition : Musée Crozatier, Le Puy en Velay

B / Contexte historique :

Le tableau a été peint après la défaite de la France face à la Prusse lors de la guerre de 1870. La France se cherche alors une figure héroïque représentant la résistance à l’ennemi et montrant que l’on peut être grand dans la défaite. C’est alors que Vercingétorix sort de l’oubli…

C / Le sujet :

Vercingétorix, vaincu par César à Alésia en -52, se rend et jette symboliquement ses armes aux pieds du général en chef.

 

D/ Description :

  • A droite : assis sur une estrade, Jules César, drapé dans sa toge rouge d’apparat, le « paludamentum », et couronné de laurier, est entouré de ses généraux et de légionnaires portant de nombreuses enseignes; en arrière-plan des flammes s’élèvent depuis l’oppidum d’Alésia. Au premier plan, un prisonnier gaulois entravé et torse nu et, au sol, de nombreuses armes et carnyx (jetées par V. dont la main est encore ouverte).
  • A gauche, occupant seul tout l’espace, Vercingétorix est grand, majestueux ; il a l’air noble, courageux et fier et porte négligemment un manteau blanc. Son magnifique cheval, blanc lui aussi, et richement harnaché, semble freiner des quatre fers après un galop sportif.
  • Dans la composition de l’œuvre, on note que Vercingétorix est situé plus haut que Jules César lui-même.
  • La lumière portée sur le cheval attire le regard qui monte ensuite vers le jeune chef gaulois, dont le profil altier se détache sur les lueurs de l’incendie ; le regard redescend ensuite vers César.
  • Deux couleurs concentrent l’attention : le blanc du cheval et le rouge du manteau de César. Les lieutenants de César portent des couleurs foncées et ternes.
  • Les regards de tous les personnages convergent vers Vercingétorix, « le vaincu ». Les Romains semblent austères, un brin méprisants face à ce barbare audacieux et chevelu.
  • Le peintre ne montre pas le geste humiliant de V. : ses armes sont déjà au sol.

 

E/ Sources littéraires.

LA REDDITION DE VERCINGETORIX: un même événement, plusieurs visions.

Texte de César

Postero die Vercingetorix concilio convocato id bellum se suscepisse non suarum necessitatum, sed communis libertatis causa demonstrat, et quoniam sit fortunae cedendum, ad utramque rem se illis offerre, seu morte sua Romanis satisfacere seu vivum tradere velint. Mittuntur de his rebus ad Caesarem legati. Jubet arma tradi, principes produci. Ipse in munitione pro castris consedit : eo duces producuntur ; Vercingetorix deditur, arma projiciuntur.

Le lendemain, Vercingétorix convoque l’assemblée : il démontre qu’il n’a pas entrepris cette guerre à des fins personnelles, mais pour la liberté de tous ; et puisqu’il faut céder à la fortune, il s’offre à eux pour l’une ou l’autre solution, qu’ils veuillent satisfaire les Romains par sa mort ou le livrer vivant. On envoie à ce sujet des ambassadeurs à César. Il ordonne que les armes soient remises, que les chefs des cités soient amenés. Lui-même installa son siège au retranchement, devant son camp : c’est là que les chefs sont conduits devant lui; Vercingétorix est livré, les armes sont jetées en avant.

César (100-44 av.J.C.), Guerre des Gaules VII, 89, 51 av. JC

Texte de Plutarque

Quant à ceux qui tenaient Alésia, après avoir donné beaucoup de mal à César et avoir eux-mêmes beaucoup souffert, ils finirent par se rendre. Le chef suprême de la guerre, Vercingétorix, prit ses plus belles armes, para son cheval et franchit ainsi la porte de la ville. Il vint caracoler en cercle autour de César qui était assis, puis, sautant à bas de sa monture, il jeta toutes ses armes et s’assit lui-même aux pieds de César, où il ne bougea plus, jusqu’au moment où César le remit à ses gardes en vue de son triomphe.

Plutarque (46/49-125), Vies parallèles, César, 27

F/. La descendance de l’œuvre

Un tableau qui inspira Uderzo et Goscinny

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  1. Questions et interprétation.

A/ Quelques anachronismes :

  • Les armes

Il existe des anachronismes dans les armes qui figurent sur le tableau.

Par exemple, le casque du prisonnier gaulois (un casque à crête), est beaucoup trop ancien pour l’époque. Au moment de la conquête, les Gaulois utilisaient des casques plus simples, arrondis…mais moins spectaculaires.

  • Le cheval de Vercingétorix

constitue lui-même un autre anachronisme : en effet, les chevaux de l’époque n’étaient pas de grands étalons. Ils étaient beaucoup plus petits. Les grands chevaux seront introduits en Gaule au cours de la romanisation. Mais il n’aurait pas été glorieux, pour Vercingétorix, qu’on le représente les pieds touchant presque le sol, sur un cheval de la taille d’un poney. De plus, à Alésia, il ne restait plus de chevaux : ils s’étaient probablement échappés ou ils avaient été mangés par les Gaulois pendant le siège.

  • L’oppidum d’Alésia,

qui ressemble ici à un château fort du Moyen-Age, n’a jamais été incendié (mais les flammes ajoutent au côté « flamboyant » et dramatique de la scène).

B/ Invraisemblances et vérité historique

  • D’après la « Guerre des Gaules »

Rien dans le texte de Jules César (témoin partial, certes, mais témoin !) ne décrit la scène peinte sur le tableau. De plus, on peut difficilement imaginer le chef gaulois arrivant armé, à cheval, devant le général en chef des forces romaines victorieuses. On pense aujourd’hui qu’il n’est pas impossible que Vercingétorix ait été livré aux Romains par les autres chefs gaulois, sans armes et ligoté. Dans ce cas, il aurait plutôt ressemblé au guerrier gaulois prisonnier qu’on peut voir agenouillé aux pieds de César.

 

  • La reddition: Un auteur -Dion Cassius- indique que lors de sa capitulation, Vercingétorix implora le pardon de César en vertu de leur amitié passé En effet «  certains chefs gaulois et fils de chefs » accompagnaient César durant ses campagnes…on les appelait les – contubernales- , jeunes gens sans fonction précise venus là pour s’instruire.
  • Qui était vraiment Vercingétorix ? En 52,  Vercingétorix prend les armes contre César ; de janvier à octobre la bataille d’Alesia fait rage. Il est battu, les armes de tous les hommes  sont  » projetées du haut du mur », dans le fossé. Vercingétorix est emprisonné; César le fera étrangler par la suite, après son triomphe à Rome.

 

C/ Interprétation

On peut donc se poser la question suivante : depuis les peintres impressionnistes, si cette scène, si souvent représentée dans le même esprit, n’est pas réaliste, si la défaite de Vercingétorix n’a pas été si glorieuse, alors pourquoi le chef gaulois est-il traditionnellement représenté de façon si romantique par les artistes de la fin du XIXème siècle? Pour répondre à cette question il faut revenir à la situation de la France à la fin du XIXème siècle.

En effet, à cette époque, la France venait d’essuyer une grande défaite contre la Prusse. Dans le conflit, la France avait été envahie et avait perdu deux régions : l’Alsace et la Lorraine. Les idées de patriotisme et d’élan nationaliste étaient en train de grandir. A cette époque, la République avait besoin de s’identifier à un héros qui, dans l’histoire de la France, avait su résister à l’envahisseur.

De la même façon que Jeanne d’Arc s’était dressée contre l’envahisseur anglais pendant la guerre de Cent ans, Vercingétorix était considéré comme un héros national pour avoir résisté à l’envahisseur romain. En effet, à la fin du XIXème siècle, on associait la Prusse à l’empire romain. Dans l’histoire de France, pour les contemporains, Vercingétorix incarnait donc l’unité nationale. Il était déjà le héros rebelle qui avait su conserver sa fierté jusque dans la défaite.

C’est sans doute la raison pour laquelle Lionel Royer a retourné la situation, quitte à malmener l’histoire : le vaincu a, en effet, des airs de vainqueur face à ses ennemis victorieux. La volonté du peintre n’est pas d’être fidèle à la réalité. Il s’agit de donner une image théâtralisée de l’événement historique pour idéaliser Vercingétorix. Cette représentation de la reddition du chef arverne est totalement fictive.

Conclusion : L’art a métamorphosé la réalité historique dans un but « noble » : remonter le moral des Français. C’est ainsi que ce chef gaulois vaincu est devenu un héros.

 

Autres œuvres représentant Vercingétorix:

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Statue d’Aimé Millet . 1865. Site archéologique d’Alésia

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Statue équestre de Vercingétorix victorieux, d’Auguste Bartoldi, 1878-  installée à Clermont-Ferrand.

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Statère d’or de Vercingetorix,

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Frappé en 48 av. J.-C. à Rome, ce denier pourrait représenter Vercingétorix qui y était alors captif.

Farenheit 451

Publié: mai 18, 2014 dans 1 arts et pouvoir
Histoire des Arts

 

Identification de l’œuvreTitre : Farenheit 451

 

 

Artiste (courte biographie)  : François Truffaut est un réalisateur, scénariste, producteur, acteur et critique du cinéma français, il est né en 1932 et décédé en 1984. Il est une des figures importantes du groupe de cinéastes de la « Nouvelle Vague » issus des « Cahiers du cinéma ».  Il a réalisé de nombreux films qui sont maintenant des monuments du cinéma français comme « Les quatre cent coups », « La vie d’Adèle H », « Le dernier métro » …

 

 

 

Date de sortie : septembre 1966

Durée : 1h50

 

Le film est adapté d’un roman de science-fiction de Ray Bradbury, publié en 1953. « Farenheit 451 » décrit une société futuriste dans laquelle la lecture est interdite car cet outil de réflexion empêcherait les gens d’être heureux. Une brigade de pompiers a pour rôle de débusquer les livres encore en circulation et de les brûler … Le titre « Farenheit 451 » renvoie à la température à laquelle un livre se consume.

 

 

 

Domaine(s) artistique(s ):arts du visuel

 

 

 

 

 

Problématique :

Comment François Truffaut, par les techniques cinématographiques, renforce-t-il la critique de la dictature imaginée par Bradbury dans son roman « Farenheit 451 » ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Description et analyse de la scène d’ouverture du film 

I- La mise en place d’un contexte étrange

 

1)    Une scène d’ouverture mystérieuse

 

  • Le film s’ouvre in media res: on peut difficilement répondre aux questions de situation d’énonciation, on prend une action en cours. On devine qu’il est question d’une intervention de pompiers, mais ceux-ci sont étranges, leur tenue est inadaptée, leur matériel inexistant, on comprendra seulement par la suite qui ils sont.
  • Idem pour l’homme qui est au téléphone : qui l’appelle? Pourquoi fuit-il? Quel rapport y a t-il entre la séquence où l’on aperçoit le camion de pompier et celle où l’on bascule dans l’appartement? Le raccord entre les deux séquences ne se faisant que par la musique qui vient mourir dans la séquence de l’appartement.
  • Tout ceci crée chez le spectateur un effet de suspens, de mystère, il veut en savoir plus. Ce mystère est accentué par la focalisation externe : on en sait moins que les personnages.

 

 

2)    Une atmosphère étouffante

 

  • L’atmosphère de la scène d’ouverte est donc mystérieuse, mais aussi étouffante,  grâce à certains procédés filmiques qui créent en certaine tension.
  • La plongée sur le camion de pompier, le panoramique, le travelling d’accompagnement permettent d’accentuer l’effet de vitesse, cette accélération, accompagnée d’une musique cacophonique est oppressante et met le spectateur mal à l’aise.
  • Le montage saccadé avec effet de succession de zoom avant et de gros plans sur le personnage au téléphone permet également de créer un effet de tension dramatique, en faisant sentir par l’image que le personnage est en danger.

 

 

3)    Un monde austère

 

  • La sensation d’oppression est également favorisée par le décor qui révèle un monde austère.
  • Il est caractérisé par des formes géométriques très dures, lignes horizontales et verticales, de la caserne , du camion de pompier, des barres d’immeubles, accentuées par des effets de sur cadrage (porte de la caserne, porche de l’immeuble)
  • Les couleurs dominantes sont le gris (tristesse, pâleur) et le rouge vif (danger, interdiction), il n’émane aucun sentiment de vie de ce décor, ainsi le gris et la géométrie des barres d’immeubles englobent, absorbent dans un plan le personnage en fuite, et la nature, étouffée, que l’on devine par la profondeur de champ (arbre coupé en deux par le pilier).

 

 

II- L’image au service de la dénonciation des dictatures

 

 

1)    De véritables pompiers?

 

  • Au fil du déroulement du film, on comprend que les pompiers n’en sont pas grâce au montage alterné on saisit progressivement le sens.
  • Leur camion a l’air d’un jouet, ils descendent la barre de la caserne à la chaîne, comme des automates, il marchent d’un pas réglé comme le montre le plan américain avec travelling d’accompagnement, ils fouillent l’appartement comme des policiers cherchant des indices, connaissant les cachettes (incongruité souligné par la succession très rapide de plans, avec plans rapprochés sur les objets fouillés) on peut les comparer à une milice.

 

 

2)    Le renversement des rôles

 

  • On assiste alors à un renversement des rôles.
  • Alors que les pompiers sont censés éteindre le feu, ce sont eux qui l’allument.
  • Alors qu’ils sont censés protéger la population, ils installent une barrière entre eux et elle, comme le matérialise la mise en place des gyrophares autour du feu, il y a une barrière entre les deux.
  • Ils doivent aussi véhiculer une image rassurante: ici, ils font peur, ils ont le visage fermé, et les plans américains et plans rapprochés sur le visage du chef, montrent quelqu’un de malsain, arrogant, supérieur, il est représenté avec tous les attributs du pouvoir répressif (gyrophare, rouge etc) lorsque Montag regarde l’enfant, incarnation de l’innocence, il n’a pas un regard bienveillant mais inquisiteur, le champ- contre champ du regard, le souligne, il n’a même pas besoin de parler, une regard suffit pour que le père de l’enfant comprenne, or une société où l’on a pas le droit à la parole est une dictature

 

2)    L’autodafé : «là où l’on brûle des livres on finit pas brûler des hommes » (Heinrich Heine)

 

  • Les pompiers-policiers sont à la recherche de livres, qu’ils brûlent, c’est un autodafé
  • Pourquoi brûler des livres? Ils permettent d’accéder au savoir et à la culture et participent donc à l’émancipation des peuples, ce qu’empêchent les dictatures. La littérature comme savoir est ici symbolisée par le plan rapproché sur le livre, dans la lampe, allumée, cela renvoie de façon imagée à tout l’idéal des Lumières.
  • Pour la dictature le savoir est un danger, comme le symbolisent les plans sur la pomme (mouvement complexe, la pomme représente le savoir, ici elle est maltraitée, jetée, crachée), ainsi que le choix du livre dans la lampe (Dom Quichotte, personnage contaminé par la littérature), c’est pour cela qu’il est brûlé, l’autodafé a une dimension sacrificiel, le feu purifie, le milicien porte d’ailleurs une tenue blanche qui rappelle la tenue d’un évêque.
  • Truffaut, par ses choix de réalisation, insiste alors sur le fait que la littérature doit occuper une place centrale dans une société et dénonce ainsi les régimes totalitaires: sa façon de filmer la milice nous met mal à l’aise et il donne aux livres une place centrale à l’image, avec des gros plans sur les mains des miliciens entrain de les maltraiter, les livres finissent par occuper tout le cadre, ou en créant des effets de dramatisation, de théâtralisation: plan ralenti avec contre plongée, plongée et composition circulaire (le feu de livres au centre et la population autour).

 

Un extrait de la scène d’ouverture à visionner ici : http://evene.lefigaro.fr/cinema/films/fahrenheit-451-5685.php?video=1011575

 

L’œuvre de Bradbury dans son contexte historique 

Même si l’histoire de « Farenheit 451 » se déroule dans une société imaginaire et futuriste, on peut y voir un reflet de la société contemporaine à l’écriture du roman. En effet, dans les années 1950, période durant laquelle le roman est publié, les États-Unis sont en proie au Maccarthysme, appelé aussi « chasse aux sorcières ». En pleine Guerre Froide, le Sénateur Joseph Mac Carthy instaure la traque sur le territoire américain d’agents, militants ou simples sympathisants communistes. Visant d’abord les « agents communistes infiltrés dans le pouvoir fédéral », le Maccarthysme s’étend à toutes les formes de contestations politiques ou de subversion (notamment l’homosexualité). Les citoyens américains sont eux-mêmes invités à dénoncer les personnes qu’ils estiment être « suspectes » , des milliers de personnes perdent ainsi leur emploi car elles sont inscrites sur une liste noire empêchant leur embauche.

Le milieu culturel, cinématographique et littéraire, est également durement touché, Chaplin doit s’exiler en Europe et les écrivains, surtout s’ils sont de gauche, doivent rendre des compte et sont automatiquement soupçonnés. Certains livres, considérés pro-communistes, sont retirés des bibliothèques.

La chasse aux livres et aux intellectuels, leur dénonciation par des voisins, mises en scène dans « Farenheit 451 » peuvent donc rappeler  ces tristes moments de l’Histoire américaine.

 

Mme PICARD

Je trahirai demain, M. Cohn

Publié: avril 21, 2014 dans 1 arts et pouvoir

HdA Marianne Cohn

Gabriel Péri, Eluard

Publié: avril 19, 2014 dans 1 arts et pouvoir, Eluard

                                                 « Gabriel Péri »

 

Un homme est mort qui n’avait pour défense

Que ses bras ouverts à la vie
Un homme est mort qui n’avait d’autre route
Que celle où l’on hait les fusils
Un homme est mort qui continue la lutte
Contre la mort contre l’oublie

Car tout ce qu’il voulait
Nous le voulions aussi
Nous le voulons aujourd’hui
Que le bonheur soit la lumière
Au fond des yeux au fond du cœur
Et la justice sur la terre

Il y a des mots qui font vivre
Et ce sont des mots innocents
Le mot chaleur le mot confiance
Amour justice et le mot liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse
Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
Le mot courage et le mot découvrir
Et le mot frère et le mot camarade
Et certains noms de pays de villages
Et certains noms de femmes et d’amies
Ajoutons-y Péri
Péri est mort pour ce qui nous fait vivre
Tutoyons-le sa poitrine est trouée
Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux
Tutoyons-nous son espoir est vivant.

    

 Paul Éluard, Au rendez-vous allemand, Paris, Éditions de Minuit, 1945.
Éditions de Minuit

 

A)Présentation de l’auteur :

 

Paul Eluard né en 1895, mort en 1952 était un poète appartenant au mouvement surréaliste. Gala, sa première femme lui inspire des poèmes d’amour mais Paul Eluard est également un poète de la Résistance. Il se rapproche des communistes et entre en Résistance en 1942 et écrit des poèmes clandestinement. Il s’oppose à l’occupant allemand et publie des poèmes de lutte, de réconfort et d’hommage.

 

B)Contexte du poème :

 

Gabriel Péri, homme politique et journaliste, était l’animateur des Cahiers clandestins du parti communiste pendant l’Occupation.

Il fut arrêté et fusillé par les Allemands en décembre 1941. Sa mort frappa les résistants et il devint une figure de martyr.

 

C) Problématique : Comment un hommage devient un appel à la Résistance ?

 

D) Analyse du poème :

 

-Poème de forme libre. 27 vers avec un nombre de syllabes différent (8=octosyllabes, 10=décasyllabe, 12=alexandrin)

 

-Le poème est un hommage à Gabriel Péri. Cependant, le début du poème ne mentionne pas son nom. Le poète écrit de manière directe et abrupte : « un homme est mort ».

 

-Les figures de style sont nombreuses et importantes. Le poète utilise surtout des figures d’insistance et d’exagération : -Anaphores : « un homme est mort » (trois fois) « le mot » (7 fois) « et certains noms » (2fois).

-l’anaphore « le mot » aux vers 17, 19 et 20 constitue un parallélisme et entraîne des rythmes binaires. Un autre parallélisme au vers 11 : « au fond de »

-Ces figures de style donnent plus d’expressivité, de la force et frappe les esprits.

 

-Le poète emploie également des antithèses, dans lesquelles il oppose les thèmes de la vie et la mort. La mort est celle de Gabriel Péri, la dénonciation de son exécution (le mot mort répété plusieurs fois). La vie est celle de l’espoir, de la lutte qui continue malgré la mort de Gabriel Péri. L’espoir lui n’est pas mort (vers 27). Les énumérations des vers 13 à 20 mettent en relief des valeurs de la vie (fruit, fleur, découvrir) et de la paix (frère, camarade, liberté, justice..)

-La fin du poème fait passer Gabriel Péri de la personne individuelle au cercle collectif  « nous ». Le tutoiement renforce les liens avec le lecteur contemporain. Pour que nous ayons un rapport amical avec lui. Renforcé par l’utilisation du mode impératif.

 

Cet hommage participe au devoir de mémoire et constitue un appel à poursuivre l’action résistante. On peut rattacher ce poème à un autre poème intitulé « Avis » extrait du même recueil Au rendez-vous allemand.

 

 

Chant des partisans

Publié: avril 16, 2014 dans 1 arts et pouvoir

Le Chant des partisans HDA (1) télécharger ici le dossier.