La mort de Cléopâtre

Publié: avril 27, 2015 dans 1 arts et pouvoir, 2 femmes

La mort de Cléopâtre

Problématique: la femme

Contexte historique: au cours de la fin de la République romaine, Cléopâtre, reine d’Egypte, fut en relation avec tous les hommes politiques et eut un destin exceptionnel. Cultivée, intelligente, fine politicienne, elle fut la maîtresse de César, puis de Marc Antoine et passe pour la figure féminine la plus célèbre de l’antiquité. La postérité garde d’elle une image contrastée: considérée par les partisans du futur Auguste comme une femme manipulatrice qui use de ses charmes pour ensorceler le général Marc Antoine et ainsi obtenir de lui des « cadeaux » pour l’Egypte, elle est aussi celle qui meurt pour l’honneur et qui résiste à sa façon (un peu insolente) à l’empire romain.

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Alessandro Turchi, La mort de Cléopâtre, vers 1640
huile sur toile 255 cm x 267 cm  Musée du Louvre. Paris

A/ L’histoire: les sources littéraires

Après la défaite des troupes d’Antoine et de Cléopâtre à Actium en 31 av J.C. contre Octave, il ne reste plus aux vaincus qu’à mourir pour échapper à l’humiliation de la défaite.

La mort d’Antoine

Cléopâtre selon la version de Plutarque dans les Vies Parallèles se réfugie dans son Mausolée alors inachevé et fait prévenir Antoine qu’elle est morte. Antoine le croit et se dit à lui-même :  » O Cléopâtre, ce dont je souffre, ce n’est pas d’être privé de toi, car c’est dans l’instant que je vais te rejoindre, mais c’est que moi un général d’une telle renommée, je me sois montré inférieur en courage à une femme. »

Puis il demande à son serviteur Eros de le tuer ; ce dernier préfère se donner la mort plutôt que d’obéir à son maître. Antoine, alors, défait sa cuirasse et se frappe au ventre avec son épée. Cléopâtre fera transporter son amant agonisant au Mausolée. Octave laissera à Cléopâtre le corps d’Antoine pour qu’elle l’enterre selon ses volontés.

La mort de Cléopâtre

Cléopâtre tente d’abord de se tuer à l’aide d’une dague de brigand qu’elle portait à la ceinture, la plaie s’infecte et Cléopâtre y voit l’avantage de mourir sans avoir recours au suicide. Octave vient s’entretenir avec elle ; il la trouve vêtue d’une simple tunique. Cependant le charme fameux dont elle était douée et l’orgueil que lui inspirait sa beauté opèrent auprès d’Octave. Elle lui laisse croire à son envie de vivre puis, après son départ, décide de mettre fin à ses jours. L’aspic, selon Plutarque, aurait été placé dans une corbeille de figues, dissimulé sous des feuilles. Cléopâtre en aurait donné l’ordre pour que l’animal l’attaquât sans qu’elle le sût. En enlevant des figues, Cléopâtre le vit et offrit son bras à la morsure. Puis elle fit parvenir une lettre à Octave. Il envoya aussitôt auprès d’elle ses gens :

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(…) « ils la trouvèrent morte, allongée sur un lit d’or, parée de ses vêtements royaux. L’une de ses suivantes nommée Iras était en train de mourir à ses pieds ; l’autre, Charmion déjà chancelante et la tête alourdie arrangeait le diadème autour de la tête de sa maîtresse.  »

Telle fut la fin de Cléopâtre, fin « digne de la descendante de tant de rois  » selon le mot de Charmion à l’un des envoyés d’Octave.

Cléopâtre est au second plan du tableau. Elle occupe la place centrale. Elle est représentée, la tête inclinée, tenant dans sa main droite l’aspic mortifère, et la main gauche ouverte vers Antoine (suggérant peut-être que le lien amoureux n’est pas rompu). Ses habits, comme il sied à son rang, sont de pourpre et d’or (couleurs qui évoquent  la chaleur et la plénitude de l’ancienne vie), rehaussés de fines broderies. Ils mettent en valeur la beauté du buste, l’éclat de porcelaine de la chair. Les yeux sont mi-clos ; Cléopâtre semble glisser dans la mort avec sérénité. Auprès d’elle deux suivantes: peut-être Irias et Charmion évoquées dans le récit de Plutarque ? Elles soutiennent leur maîtresse dans ses derniers instants. Une autre, à l’arrière, porte une urne, tandis qu’à l’avant, sur la droite une femme fait un geste d’adieu à Cléopâtre et une autre essuie ses larmes. C’est une femme et une reine entourée par la sollicitude des siens  qui meurt et non une divinité insensible.

Conclusion

Alessandro Turchi a rassemblé les deux amants dans leurs derniers instants en centrant pourtant son œuvre sur Cléopâtre. Unis dans la vie, ils sont côte à côte dans la mort. L’histoire ne peut séparer leurs destins : même gloire dans leur vie, même courage dans la mort. L’éclat du triomphe d’Octave aurait été augmenté par la présence des deux captifs ; ravalant ses prétentions, il devra, selon Plutarque, se contenter de faire figurer à son triomphe la statue de Cléopâtre, l’aspic attaché au bras ! L’Histoire retiendra cependant  le respect d’Octave pour la fin digne des deux amants qu’il fera ensevelir l’un auprès de l’autre avec une magnificence royale. Turchi traduit très bien l’aspect sublime et tragique de ce double suicide.

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