Tableau de Lionel Royer : La reddition de Vercingétorix

Publié: février 20, 2015 dans 1 arts et pouvoir

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A /Identification du tableau :

Nom de l’artiste : Lionel ROYER (1852 – 1926)   Nationalité : Française

Nom de l’œuvre : Vercingétorix jette ses armes aux pieds de César

Date de réalisation : 1899

Support: Huile sur toile                Dimensions : 321 x 482

Genre : scène historique               Lieu d’exposition : Musée Crozatier, Le Puy en Velay

B / Contexte historique :

Le tableau a été peint après la défaite de la France face à la Prusse lors de la guerre de 1870. La France se cherche alors une figure héroïque représentant la résistance à l’ennemi et montrant que l’on peut être grand dans la défaite. C’est alors que Vercingétorix sort de l’oubli…

C / Le sujet :

Vercingétorix, vaincu par César à Alésia en -52, se rend et jette symboliquement ses armes aux pieds du général en chef.

 

D/ Description :

  • A droite : assis sur une estrade, Jules César, drapé dans sa toge rouge d’apparat, le « paludamentum », et couronné de laurier, est entouré de ses généraux et de légionnaires portant de nombreuses enseignes; en arrière-plan des flammes s’élèvent depuis l’oppidum d’Alésia. Au premier plan, un prisonnier gaulois entravé et torse nu et, au sol, de nombreuses armes et carnyx (jetées par V. dont la main est encore ouverte).
  • A gauche, occupant seul tout l’espace, Vercingétorix est grand, majestueux ; il a l’air noble, courageux et fier et porte négligemment un manteau blanc. Son magnifique cheval, blanc lui aussi, et richement harnaché, semble freiner des quatre fers après un galop sportif.
  • Dans la composition de l’œuvre, on note que Vercingétorix est situé plus haut que Jules César lui-même.
  • La lumière portée sur le cheval attire le regard qui monte ensuite vers le jeune chef gaulois, dont le profil altier se détache sur les lueurs de l’incendie ; le regard redescend ensuite vers César.
  • Deux couleurs concentrent l’attention : le blanc du cheval et le rouge du manteau de César. Les lieutenants de César portent des couleurs foncées et ternes.
  • Les regards de tous les personnages convergent vers Vercingétorix, « le vaincu ». Les Romains semblent austères, un brin méprisants face à ce barbare audacieux et chevelu.
  • Le peintre ne montre pas le geste humiliant de V. : ses armes sont déjà au sol.

 

E/ Sources littéraires.

LA REDDITION DE VERCINGETORIX: un même événement, plusieurs visions.

Texte de César

Postero die Vercingetorix concilio convocato id bellum se suscepisse non suarum necessitatum, sed communis libertatis causa demonstrat, et quoniam sit fortunae cedendum, ad utramque rem se illis offerre, seu morte sua Romanis satisfacere seu vivum tradere velint. Mittuntur de his rebus ad Caesarem legati. Jubet arma tradi, principes produci. Ipse in munitione pro castris consedit : eo duces producuntur ; Vercingetorix deditur, arma projiciuntur.

Le lendemain, Vercingétorix convoque l’assemblée : il démontre qu’il n’a pas entrepris cette guerre à des fins personnelles, mais pour la liberté de tous ; et puisqu’il faut céder à la fortune, il s’offre à eux pour l’une ou l’autre solution, qu’ils veuillent satisfaire les Romains par sa mort ou le livrer vivant. On envoie à ce sujet des ambassadeurs à César. Il ordonne que les armes soient remises, que les chefs des cités soient amenés. Lui-même installa son siège au retranchement, devant son camp : c’est là que les chefs sont conduits devant lui; Vercingétorix est livré, les armes sont jetées en avant.

César (100-44 av.J.C.), Guerre des Gaules VII, 89, 51 av. JC

Texte de Plutarque

Quant à ceux qui tenaient Alésia, après avoir donné beaucoup de mal à César et avoir eux-mêmes beaucoup souffert, ils finirent par se rendre. Le chef suprême de la guerre, Vercingétorix, prit ses plus belles armes, para son cheval et franchit ainsi la porte de la ville. Il vint caracoler en cercle autour de César qui était assis, puis, sautant à bas de sa monture, il jeta toutes ses armes et s’assit lui-même aux pieds de César, où il ne bougea plus, jusqu’au moment où César le remit à ses gardes en vue de son triomphe.

Plutarque (46/49-125), Vies parallèles, César, 27

F/. La descendance de l’œuvre

Un tableau qui inspira Uderzo et Goscinny

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  1. Questions et interprétation.

A/ Quelques anachronismes :

  • Les armes

Il existe des anachronismes dans les armes qui figurent sur le tableau.

Par exemple, le casque du prisonnier gaulois (un casque à crête), est beaucoup trop ancien pour l’époque. Au moment de la conquête, les Gaulois utilisaient des casques plus simples, arrondis…mais moins spectaculaires.

  • Le cheval de Vercingétorix

constitue lui-même un autre anachronisme : en effet, les chevaux de l’époque n’étaient pas de grands étalons. Ils étaient beaucoup plus petits. Les grands chevaux seront introduits en Gaule au cours de la romanisation. Mais il n’aurait pas été glorieux, pour Vercingétorix, qu’on le représente les pieds touchant presque le sol, sur un cheval de la taille d’un poney. De plus, à Alésia, il ne restait plus de chevaux : ils s’étaient probablement échappés ou ils avaient été mangés par les Gaulois pendant le siège.

  • L’oppidum d’Alésia,

qui ressemble ici à un château fort du Moyen-Age, n’a jamais été incendié (mais les flammes ajoutent au côté « flamboyant » et dramatique de la scène).

B/ Invraisemblances et vérité historique

  • D’après la « Guerre des Gaules »

Rien dans le texte de Jules César (témoin partial, certes, mais témoin !) ne décrit la scène peinte sur le tableau. De plus, on peut difficilement imaginer le chef gaulois arrivant armé, à cheval, devant le général en chef des forces romaines victorieuses. On pense aujourd’hui qu’il n’est pas impossible que Vercingétorix ait été livré aux Romains par les autres chefs gaulois, sans armes et ligoté. Dans ce cas, il aurait plutôt ressemblé au guerrier gaulois prisonnier qu’on peut voir agenouillé aux pieds de César.

 

  • La reddition: Un auteur -Dion Cassius- indique que lors de sa capitulation, Vercingétorix implora le pardon de César en vertu de leur amitié passé En effet «  certains chefs gaulois et fils de chefs » accompagnaient César durant ses campagnes…on les appelait les – contubernales- , jeunes gens sans fonction précise venus là pour s’instruire.
  • Qui était vraiment Vercingétorix ? En 52,  Vercingétorix prend les armes contre César ; de janvier à octobre la bataille d’Alesia fait rage. Il est battu, les armes de tous les hommes  sont  » projetées du haut du mur », dans le fossé. Vercingétorix est emprisonné; César le fera étrangler par la suite, après son triomphe à Rome.

 

C/ Interprétation

On peut donc se poser la question suivante : depuis les peintres impressionnistes, si cette scène, si souvent représentée dans le même esprit, n’est pas réaliste, si la défaite de Vercingétorix n’a pas été si glorieuse, alors pourquoi le chef gaulois est-il traditionnellement représenté de façon si romantique par les artistes de la fin du XIXème siècle? Pour répondre à cette question il faut revenir à la situation de la France à la fin du XIXème siècle.

En effet, à cette époque, la France venait d’essuyer une grande défaite contre la Prusse. Dans le conflit, la France avait été envahie et avait perdu deux régions : l’Alsace et la Lorraine. Les idées de patriotisme et d’élan nationaliste étaient en train de grandir. A cette époque, la République avait besoin de s’identifier à un héros qui, dans l’histoire de la France, avait su résister à l’envahisseur.

De la même façon que Jeanne d’Arc s’était dressée contre l’envahisseur anglais pendant la guerre de Cent ans, Vercingétorix était considéré comme un héros national pour avoir résisté à l’envahisseur romain. En effet, à la fin du XIXème siècle, on associait la Prusse à l’empire romain. Dans l’histoire de France, pour les contemporains, Vercingétorix incarnait donc l’unité nationale. Il était déjà le héros rebelle qui avait su conserver sa fierté jusque dans la défaite.

C’est sans doute la raison pour laquelle Lionel Royer a retourné la situation, quitte à malmener l’histoire : le vaincu a, en effet, des airs de vainqueur face à ses ennemis victorieux. La volonté du peintre n’est pas d’être fidèle à la réalité. Il s’agit de donner une image théâtralisée de l’événement historique pour idéaliser Vercingétorix. Cette représentation de la reddition du chef arverne est totalement fictive.

Conclusion : L’art a métamorphosé la réalité historique dans un but « noble » : remonter le moral des Français. C’est ainsi que ce chef gaulois vaincu est devenu un héros.

 

Autres œuvres représentant Vercingétorix:

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Statue d’Aimé Millet . 1865. Site archéologique d’Alésia

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Statue équestre de Vercingétorix victorieux, d’Auguste Bartoldi, 1878-  installée à Clermont-Ferrand.

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Statère d’or de Vercingetorix,

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Frappé en 48 av. J.-C. à Rome, ce denier pourrait représenter Vercingétorix qui y était alors captif.

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