Le pianiste

Publié: avril 4, 2014 dans Divers

DOMAINE DE COMPETENCE: ARTS DU LANGAGE / ARTS DU VISUEL 3ème THEMATIQUE : ARTS ET POUVOIR
Dans le cadre de la SEQUENCE III : «Littérature et témoignage»

HISTOIRE DES ARTS :
«
La Shoah dans l’Art»

PROBLEMATIQUE :
Comment l’art peut-il rendre compte et témoigner des horreurs commises contre les Juifs pendant la Seconde Guerre ? Quelle est la légitimité de l’art face aux souffrances extrêmes ?

Fiche technique :

Titre : Le Pianiste
Titre original : The Pianist

Année : 2001
Genres : Drame, Historique

Réalisateur : Roman Polanski

Acteurs principaux :

Adrian Brody : Wladyslaw Szpilman

Thomas Kretschmann : Wilm Hosenfeld

Emilia Fox : Dorota

Scénario : Ronald Harwood, Roman Polanski D’après le livre de Wladyslaw Szpilman

Production : RP Productions

Musique : WojciechKilar

Récompenses :
Palme d’Or au Festival de Cannes en 2002 en sélection officielle
7 Césars en 2003 dont ceux du meilleur film, réalisateur et acteur
3 Oscars en 2003 dont meilleur réalisateur et acteur
BAFTA du meilleur film en 2003

Pays en collaboration : France, Angleterre, Allemagne, Pologne

Sortie en France : 25 Septembre 2003 Durée : 2h 28

 

Biographie du réalisateur :

Né à Paris en aout 1933, Roman Polanski (de son vrai nom Raymond Liebling) et sa famille s’installent à Cracovie où ils vivent l’invasion nazie en 1939. Il échappe de peu aux camps de la mort. A la fin de la guerre, il entre dans une école de Beaux Arts. En 1962, il signe son premier long-métrage qui marque le début d’une grande carrière

1962 : Le Couteau dans l’eau

1965 : Répulsion (Repulsion)

1966 : Cul-de-sac

1967 : Le Bal des vampires (The Fearless Vampire Killers ou Pardon me, but your teeth are in my neck)

1968 : Rosemary’s baby

1971 : Macbeth (The Tragedy of Macbeth)

1972 :Weekend of a Champion, coréalisé avec Frank Simon

1972 : Quoi?(What?)

1974 :Chinatown

1976 : Le Locataire

1979 :Tess

1986 : Pirates

1988 : Frantic

1992 : Lunes de fiel (Bitter Moon)

1994 : La Jeune Fille et la Mort (Death and the Maiden)

1999 : La Neuvième Porte (The Ninth Gate)

2002 : Le Pianiste (The Pianist)

2005 : Oliver Twist

2010 : The Ghost Writer

2011 : Carnage

2013 : La Vénus à la fourrure

 

Résumé:

Durant la Seconde Guerre mondiale, Wladyslaw Szpilman, un célèbre pianiste juif polonais, âgé de 28 ans, doit vivre sous l’occupation des nazis. En 1941, il se retrouve parqué dans le ghetto de Varsovie, avec les siens. Il partage les souffrances et les humiliations des juifs, échappe à la déportation, mais voit sa famille partir pour les camps. Après avoir travaillé pour les allemands, il se réfugie à l’extérieur du ghetto, aidé par une amie Polonaise chanteuse. Depuis le petit appartement où il est caché, il assiste à la révolte des juifs du ghetto, au printemps 1943. Découvert, il se rend dans un autre refuge, grâce à l’aide d’une connaissance, mais l’immeuble est bombardé par les allemands en août 1944. Obligé de fuir, il se réfugie dans les ruines du ghetto, où un officier allemand mélomane, qui apprécie sa musique, l’aide et lui permet de survivre jusqu’à la libération par l’armée rouge en 1945. Wladyslaw retrouve son travail à la radio polonaise une fois la paix revenue.

 

Analyse historique :

Durant la deuxième Guerre Mondiale, les nazis adoptent une politique raciste. A leurs yeux, les juifs sont la race la plus impure qui soit, et ils entreprennent alors des les exterminer. Ce génocide est aujourd’hui connu sous le nom de «Shoah».

Le Pianiste de Roman Polanski est un film qui retrace l’installation de ce régime absurde et meurtrier, vu par un jeune homme juif : Wladyslaw Szpilman. En effet, le film est adapté de Une ville meurt, l’autobiographie de ce pianiste, qui a survécu à la deuxième Guerre Mondiale, et qui est décédé en 2000. L’adaptation est très fidèle au récit original, le film est donc aussi «fiable» en tant que source historique, voire plus, étant donné que le réalisateur lui-même, Roman Polanski, a également vécu l’enfermement dans le ghetto de Cracovie avec sa famille.

Le Pianiste se démarque aussi par le fait que les personnages ne sont pas des «héros », des leaders ou des résistants qui estiment la liberté plus que leur vie, ou qui se battront pour libérer leur peuple. Au contraire, la famille Szpilman est une famille juive ordinaire, qui n’oppose aucune résistance aux contraintes qu’on leur impose, par exemple le port du brassard avec l’étoile de David bleue sur fond blanc. On assiste la dégradation progressive de la condition des juifs, à travers la mise en place de restrictions dans leur quotidien. Ils sont alors humiliés par les nazis, qui leur interdisent l’accès aux lieux publics comme les restaurants, par une réduction de la somme maximale qu’ils peuvent garder à leur domicile, ou encore la défense d’emprunter un trottoir. La haine entretenue par les nazis va jusqu’à séparer les juifs du reste de la population en les parquant dans des ghettos. Ainsi, le 31 octobre 1940 tous les juifs de Varsovie se voient contraints de quitter leur habitat pour emménager dans le quartier qui leur est réservé et emmuré. Leurs conditions de vie se détériorent, l’hygiène est précaire et ils doivent vendre leurs biens ou effectuer des petits boulots, pour gagner l’argent qui leur permet à peine de se nourrir. Les rapports entre les juifs eux-mêmes sont tendus et certains n’hésitent pas à trahir pour s’attirer la sympathie des allemands (police juive qui collabore).

La famille Szpilman est ensuite déportée le 16 août 1944 probablement dans un camp de concentration, de même que des milliers d’autres juifs. Cependant, Polanski choisit de ne pas montrer leur vie dans les camps, mais seulement le départ du train. Le réalisateur décide donc de ne pas s’attarder sur l’extermination de nombreuses personnes. Il préfère, plutôt que d’exposer des morts en masse, qui dépersonnalise les gens, s’attarder sur chacune des victimes de la barbarie nazie comme l’invalide qui est projeté à travers la fenêtre d’un immeuble et le reste de sa famille qui est tuée dans une parodie de jeu de tir, la jeune femme tuée pour avoir posé une question, des travailleurs forcés choisis au hasard et tués sans aucune raison.

Ceux qui sont épargnés doivent travailler comme ouvriers dans des chantiers de construction de Varsovie. Même s’ils semblent résignés, ils mettent en place une résistance contre les allemands. Pour se préparer, ils se procurent petit à petit des armes. Ainsi, le 19 avril 1943, les juifs se révoltent et attaquent depuis le ghetto. Leur résistance durera jusqu’au 16 mai 1943, après plusieurs attaques allemandes au feu et au gaz. Les survivants arrêtés sont tués dès leur sortie du ghetto. Wladyslaw, lui a réussi à s’échapper du ghetto avant ces évènements et a survécu grâce à l’aide de plusieurs polonais. Cela contraste avec d’autres personnes qui elles ont choisi la collaboration. Polanski nous permet par conséquent de découvrir que d’autres pays ont vécu des situations semblables à celle de la France. De plus, l’aide d’un officier allemand lui permet de survivre, ce qui nous montre que les allemands n’étaient pas tous nazis.

Wladyslaw subsiste jusqu’à l’arrivée de l’armée rouge à Varsovie le 17 janvier 1945. Les camps de concentrations sont également libérés et les soldats allemands sont emprisonnés et déportés dans des camps de travail soviétiques.

Polanski signe donc avec ce film une œuvre qui retrace objectivement l’histoire de toute une population qui a vécu sous l’occupation allemande.

Analyse cinématographique :

Roman Polanski «ne voulai[t] pas débuter par un générique qui fasse «cinéma», [il] voulai[t] un début de film sans fioriture, sans pour autant que cela fasse documentaire », c’est pour cela que le spectateur est plongé dans l’histoire dès les premières images sans que le titre n’apparaisse. En effet, ces images sont des archives de la ville de Varsovie. Une musique de piano, douce, accompagne cette entrée, ce qui fait le lien avec la première scène du film où un homme joue du piano lorsque des bombes explosent, allant jusqu’à détruire le studio d’enregistrement. Ces deux éléments posent les thèmes du film : la guerre et la musique ; d’emblée le public est soumis au sentiment de peur et de terreur.

Le principal objectif du film est donc de faire passer la terreur ressentie par les individus lors de la deuxième guerre mondiale. Pour cela Polanski va utiliser différentes méthodes. Tout d’abord il nous fait suivre de «l’intérieur »les émotions de Wladyslaw (la scène où il n’entend plus rien à cause d’une explosion est un bon exemple car le son y est étouffé, la sensation du personnage nous est donc transmise). Ensuite, Polanski ne souhaite pas nous influencer quant à l’horreur dénoncée. Il va en effet utiliser des plans brefs ainsi qu’une absence de musique qui ne viendront pas accentuer le drame de la situation. Le spectateur est alors «libre »de ressentir l’horreur à sa manière malgré un certain cadre instauré par le réalisateur et le contexte. Ce système est utilisé lorsqu’un enfant du ghetto essaye de revenir de l’extérieur par un «trou de souris »en ramenant des produits de première nécessité, mais celui-ci se fait briser les os par un soldat. Le bruit des craquements est entendu ; aucune musique n’est présente ce qui laisse ce bruit comme « son unique ». La cruauté y est donc dénoncée à cause de l’impact que ce bruit produit sur les spectateurs ; ils auraient aimé ne jamais avoir entendu ça.

Dans ce film, la lumière va elle aussi jouer un rôle clé. En effet, toutes les scènes tournées dans le ghetto mettent en avant des couleurs sombres, sépia et d’un ton gris. On distingue cependant quelques scènes où les couleurs sont plus vives. La scène du marché oùWladyslaw démolit un mur du ghetto de l’extérieur est un modèle adéquat car le monde extérieur y est coloré, en contraste avec la scène où Wladyslaw rentre dans le ghetto en fin de journée. Cette obscurité est une preuve qui appuie le sentiment de peur et de mal-être.

Outre la sensation d’horreur, le sentiment de solitude est aussi exprimé. On y voit la dégradation des contacts humains du personnage principal qui est transmise par le réalisateur tout au long du film à travers de nombreuses séquences représentatives montrant ainsi que, plus la guerre avance, plus les gens souffrent; autant physiquement que moralement. Cette souffrance est notamment visible par une absence de musique qui se remarque surtout quand Wladyslaw est seul dans les ruines du ghetto.

Au cours du film, des indications de temps, hors champ, nous sont données par le réalisateur. Ces indications vont être utiles aux spectateurs qui eux, perçoivent les évènements les uns après les autres durant 150 minutes. Lorsque ces indications sont données, le spectateur est recadré dans l’espace temps de l’Histoire et se demande comment et surtout pourquoi cette situation a pu durer si longtemps.

Le film annonce sa fin par un rappel du début avec la scène oùWladyslaw joue du piano dans le studio d’enregistrement. Ce rappel est un moyen pour le réalisateur de montrer que même si les gens sont traumatisés, ils sont obligés de reprendre leur vie là où elle s’était, en un sens, arrêtée. On assiste alors à une renaissance qui porte tout de même les cicatrices du passé.

La réussite tient pour beaucoup à l’acteur principal, Adrian Brody. Il incarne parfaitement l’instinct de survie, la chance nécessaire pour l’atteindre et la permanence de l’art. L’art: un nocturne de Chopin est interrompu dans le studio de radio qui l’emploie par une bombe tombée d’un Junkers de la Luftwaffe et reprendra à la fin, quand la guerre s’est enfuie, dans ce même studio reconstruit. L’art, enfin, qui fait que ce «juif» sera sauvé par un nazi mélomane.

Obsession de la vérité. La vraie caméra est le regard de Brody. Le film est vu par son réalisateur à travers les yeux sombres du rescapé, par hasard, par chance, par volonté et par… l’art, cette chose si inutile au quotidien, mais qui, dans le chaos d’un monde livré àla bestialité, apporte les seules règles encore respectables et respectées.  La destruction du ghetto, la révolte de Varsovie sont vues d’une fenêtre, d’une lucarne, avec distance donc, une distance qui épargne au cinéaste le spectaculaire (on n’est pas dans un film de guerre!), mais permet de graver en sa (et nos) mémoire (s) ce pan d’Histoire. Cette obsession de la vérité est dans le livre que Szpilman en tira à chaud dès 1946, Mort de la ville, qui fut immédiatement interdit par les libérateurs soviétiques, avant de renaître via son fils en 1988 pour devenir un best-seller sous le titre Le Pianiste (en France, chez Robert Laffont).

La vérité de l’Histoire est la vérité de l’artiste Polanski, qui a survécu au ghetto de Cracovie. Le Pianiste lui permet un vrai regard (un regard vrai) sur cette période, à travers un autre jeune homme, qui lui ressemble mais ne saurait être lui, ni son frère, sinon en humanité.

Car Le Pianiste est un chant à l’humanité, cette herbe qui, comme toute herbe, perce le béton le mieux armé. Dans ce film survit un brin d’humanité. Parce qu’un homme hirsute, un véritable homme des ruines, caché dans une ville détruite, au risque de « crever de faim » ou d’une pneumonie, est découvert par un jeune capitaine de la Wehrmacht, et va subsister grâce à cet ennemi. Une scène de dix minutes sur un film de deux heures et demie, mais Polanski offre à l’Allemand (Thomas Kretschmann) la deuxième place au générique. Car la désobéissance aux ordres immondes face au « Juif » (il l’appelle ainsi) est la seule sauvegarde du petit brin d’humanité endormi sous la neige de Varsovie rasée. Pas de violons, là non plus, on montre, on glisse même, et pour une fois la caméra quitte Brody. Elle sort dans la rue nocturne où une sentinelle s’ennuie dans la neige sale devant la seule maison encore debout, d’où s’égrènent les notes de Beethoven que joue l’hirsute à l’impeccable officier. La nuit du monde massacré est bercée par la renaissance de l’art. Rapporté ainsi, le « symbole » paraît gros; dans Le Pianiste, il est un plan de quelques secondes. Cela suffit. Il faut si peu de temps pour dire non. Et ces fractions de minute évadées du néant permettent à une vie de se poursuivre (Szpilman est mort en 2000), à des enfants de naître de cette vie préservée et qui auront eux aussi des enfants, à un livre d’être écrit et de faire le tour du monde, à un film de prendre le relais du « non » initial, et au livre et au film de bouleverser des millions de lecteurs et de spectateurs, donc d’âmes.

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