L’Ami retrouvé (1971) de Fred Uhlman

Publié: mars 23, 2013 dans 1 arts et pouvoir, Fred Uhlman
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L’Ami retrouvé (1971) de Fred Uhlman

 

Contexte biographique

 

Fred Uhlman est né en 1901 à Stuttgart. Sa famille, aisée, d’origine juive mais peu pratiquante, est installée depuis deux siècles en Allemagne. Il fréquente une école où il est le seul enfant juif. Devenu jeune avocat, il s’engage au parti social-démocrate, adversaire du Parti nazi. Après la victoire d’Hitler  aux élections législatives de 1932, il évite de peu la déportation en fuyant l’Allemagne. Il s’installe à Paris où il fréquente les milieux artistiques et se met à peindre. En 1936, il rencontre Diana, fille d’un parlementaire anglais. Il l’épouse et s’installe en Angleterre où il essaie de faire venir ses parents qui refusent de quitter l’Allemagne : ils mourront en déportation. Lui-même s’éteint à Londres en 1985.

Contexte historique

 

1921 : Hitler prend la tête du Parti national socialiste allemand des travailleurs (NSDAP)

1925 : Parution de Mein Kampf ; 1 450 000 exemplaires vendus entre 1925 et 1933.

Avril 1932 : Le chancelier Hindenburg est réélu président du Reich. Hitler a obtenu 37% des voix.

Juillet 1932 : Le parti nazi remporte la majorité aux élections législatives.

Janvier 1933 : Hitler devient chancelier.

Février 1933 : Le Reichstag est incendié, les communistes arrêtés, le Parti communiste interdit.

Avril 1933 : Premières mesures antisémites : les Juifs sont exclus de la fonction publique, les entreprises et commerces juifs sont boycottés.

Juillet 1933 : Le national- socialisme est déclaré parti unique. Création de la Gestapo.

En 1932, des événements agitent l’Allemagne. À cette période, la crise économique mondiale touche durement le pays. L’Allemagne est d’autant plus affaiblie économiquement qu’elle doit payer un lourd tribut aux vainqueurs de la Première Guerre mondiale : un fort ressentiment anime le peuple allemand à la suite de la signature du traité de Versailles (28 juin 1919). C’est dans ce contexte que l’antisémitisme et la doctrine nazie font leur apparition et gagnent un électorat croissant lors des élections présidentielles en mars-avril 1932 puis législatives en novembre de la même année.

Le récit commence un an avant l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler.

Etude de l’œuvre

 

Problématique : Comment l’Histoire (le nazisme et l’antisémitisme) influe sur l’histoire d’amitié entre deux personnages ?

 

L’histoire se déroule à Stuttgart, en Allemagne, en 1932. Le narrateur se nomme Hans Schwarz. Il est aussi le personnage principal du récit. Il relate un épisode de sa jeunesse qui l’a marqué. À l’époque de l’histoire, il avait seize ans, était scolarisé dans le Wurtemberg,  au lycée Karl Alexander. Le récit est rédigé à la première personne du singulier, ou du pluriel lorsque le narrateur s’inclut dans le groupe des élèves de sa classe.

Cette année-là, arrive un nouvel élève, nommé Conrad von Hohenfels. Pour le narrateur c’est une rencontre inoubliable. Cette rencontre l’a profondément bouleversé. Hans est d’emblée attiré par Conrad et met en œuvre une stratégie pour attirer son attention. Il y parvient après deux vaines tentatives. Naît alors une amitié profonde. Hans a une conception idéaliste de l’amitié : « confiance », « abnégation », et « loyalisme » (chapitres 3 et 4) sont les noms qu’il emploie pour caractériser cette relation.  Celle-ci est donc exigeante et a l’intensité d’une relation amoureuse (effet produit par le vocabulaire amoureux dans les quatre premiers chapitres et les comparaisons du chapitre 5). Elle comble de bonheur Hans et change sa vie (chapitres 5 et 6).

Mais cette amitié  fondée sur la confiance, le dévouement, le sens du sacrifice, une fidélité sans faille, entre un juif et un aristocrate chrétien est-elle possible dans l’Allemagne des années 1930 ?

De nombreux facteurs peuvent entraver l’amitié de Hans et Conrad :

-les différences familiales, sociales : Alors que Hans vient d’une famille d’origine juive, appartenant à la petite bourgeoisie, Conrad Graf von Hohenfels est issu d’une famille de très grande noblesse qui a contribué à écrire l’histoire d’Allemagne depuis plusieurs siècles (tout le chapitre 2 insiste sur cette gloire qui rend Conrad différent des autres élèves).

-des conceptions religieuses et culturelles opposées : Au début du chapitre 7, Hans dit croire en un Dieu bon et juste. Ses parents (son père est agnostique et sa mère pratique à la fois les rites juifs et les rites catholiques)  lui laissent  la liberté de choisir sa croyance. À l’inverse, Conrad est élevé dans la tradition protestante.  Mais un événement tragique  bouleverse Hans et le pousse à s’interroger  sur Dieu : Trois enfants périssent dans un incendie (drame qui peut annoncer et symboliser les fours crématoires où périront des milliers d’enfants innocents). L’incendie de la maison Bauer apparaît comme une injustice : le spectacle de ses voisins qu’il observait depuis sa fenêtre respirait l’harmonie et la candeur. Que le feu détruise ces enfants révolte Hans : il ne peut accepter l’absurdité de ces morts et les explications qu’il obtient du pasteur ne le convainquent pas. Cet événement l’oriente vers l’athéisme : Dieu ne peut exister, sinon il ne permettrait pas de telles horreurs. Conrad ne montre pas la même indépendance d’esprit que Hans.  Malgré qu’il avoue son désarroi face à la mort accidentelle des enfants, il est réticent à remettre en cause l’existence de Dieu, ne parvient pas à mettre en question le cadre religieux transmis par sa famille, à s’en affranchir.

Hans et Conrad sont parvenus à dépasser leurs différences sociales et culturelles. Qu’est-ce qui compromet alors leur relation ?

Ce sont les préjugés racistes et religieux qui viennent à bout de leurs liens.

Dés le début de son amitié avec Conrad, Hans pressent une possible rupture à cause de son identité juive : Au chapitre 13,  dans la maison de Conrad, Hans découvre un portrait, celui d’Adolf Hitler, mais il ne peut croire que c’est bien lui.  Il est dans une forme de déni, il est pour lui inimaginable que la famille de son ami ait un quelconque lien avec une telle personne. Lors de ces visites chez Conrad, il remarque pourtant qu’il ne rencontre jamais les parents de Conrad. Il hésite entre plusieurs interprétations. C’est l’attitude de Conrad à l’opéra qui confirme ses soupçons : Conrad ignore son ami pendant la représentation et pendant l’entracte. Conrad révèle à son ami que sa mère est antisémite et qu’elle est la cause de son mépris à l’opéra. Ce terrible aveu produit un effet irréversible sur l’amitié des deux adolescents. C’est  la fin de l’amitié des jeunes garçons.  Continuer à entretenir la même relation s’avère en effet difficile après un tel aveu. Les propos insultants de la mère de Conrad, cette idéologie raciste ont blessé Hans qui pourrait faire des reproches à son ami, mais lui-même n’en est pas responsable.

Des signes annonciateurs de l’antisémitisme apparaissent au chapitre 16 : Hans subit des vexations et des menaces. Proférés par le professeur Herr Pompetzki d’abord, puis répercutés par ses condisciples, les propos sur la supériorité des Aryens se transforment en une stigmatisation des juifs que l’on accuse des maux de l’Allemagne : on le met à l’écart, on ne lui parle plus, on se moque de lui, on l’humilie, on l’incite à quitter sa patrie pour la Palestine. On retrouve donc la progression de l’antisémitisme : stigmatisation, désignation des juifs comme boucs émissaires, ségrégation, désir d’exclure les juifs. Certains aspects de la doctrine nazie à savoir les notions de supériorité de la race aryenne et d’assujettissement des sous-races (dont la « race » juive) sont donc illustrés ici.

Conrad n’intervient pas pour aider son ami dans une bagarre et victime de brimades antisémites. Hans, déçu et blessé, éprouve une profonde solitude. Il prend la décision de mettre fin concrètement à son amitié avec Conrad en l’évitant. Au chapitre 17, Conrad envoie une lettre d’au-revoir pleine d’affection à son ami : ce dernier, à la demande de son père voulant le préserver de la montée de l’antisémitisme, doit partir à l’étranger.  Dans sa lettre Conrad explique qu’il a été séduit par Hitler, qu’il fait confiance à cet homme,  qu’il le soutient, qu’il a une vision positive de l’avenir de son pays.  Conrad semble avoir intégré les principes du nazisme. Il ne comprend pas jusqu’où ira le racisme nazi. Hans quitte ses racines, son pays, ses parents (qui se suicident après son départ).

Trente ans plus tard, le narrateur n’est pas heureux malgré sa réussite matérielle, professionnelle et personnelle.  Cela s’explique probablement  par son histoire douloureuse : rupture d’une amitié profonde et fusionnelle, brimades et injures racistes, arrachement à son pays et à sa famille.

Quelle est la signification, la portée de ce récit ?

Les chapitres 18 et 19 sont une sorte d’épilogue (chapitre exposant des faits postérieurs à l’action et destiné à en compléter le sens, la portée, selon Le Petit Robert). C’est ici le cas car une ellipse de trente ans sépare les actions rapportées jusque-là des événements racontés dans les deux derniers chapitres. Mais ceux-ci ne font pas que compléter le sens de l’histoire d’amitié de ces deux adolescents : ils lui donnent réellement son sens et clôturent l’histoire.

« VON HOHENFELS, Conrad, impliqué dans le complot contre Hitler. Exécuté. »La dernière phrase du livre « Exécuté » est écrite en italique. Elle est formée  du seul participe pour ressortir par rapport aux autres.  Elle signifie que Conrad n’est pas mort au combat mais qu’il a participé à l’attentat échoué contre Hitler : un certain nombre de généraux, comprenant trop tard que Hitler menait l’Allemagne à sa perte, fomentèrent un complot pour éliminer le Führer. La bombe éclata le 20 juillet 1944 mais Hitler ne fut que légèrement blessé. Sa vengeance fut terrible : plus de cinq mille personnes furent exécutées.

Conrad a donc finalement compris son erreur et défendu la cause de son ami Hans et de toutes les victimes du nazisme en général, contre l’avis de ses parents. Les dernières phrases du récit donnent toute leur dimension à l’amitié des adolescents : Conrad, en sacrifiant sa vie pour lutter contre Hitler, a d’une certaine manière mis en œuvre l’idéal d’amitié de Hans.  Surtout cette fin du livre en  explique le titre, L’Ami retrouvé   (titre original anglais : Reunion) : Les deux amis sont à nouveau unis symboliquement (« nouvelle union »), Hans a d’une certaine façon retrouvé son ami.

L’Ami retrouvé de Fred Uhlman, collection Classicocollège, éditions Belin Gallimard + dossier pédagogique par Claire de La Rochefoucauld

Marie-France NARALINGOM.

commentaires
  1. Lina, 305 dit :

    Bonjour madame! C’est ici, encore le cas, je ne sais pas avec quelles œuvres je pourrais faire le lien…

    • Bonjour Lina,
      Tu peux faire le lien avec « Inconnu à cette adresse » de Kathrine Kressmann Taylor. Ce livre n’est pas dans la liste. C’est un tout petit roman épistolaire que tu peux lire pendant les vacances.

      Bonne lecture

  2. othmane alami dit :

    S il vous plait les differences entre le film et la realite et celles entre le livre et la réalité

  3. valérie dit :

    cobien de temps a mis Fred UHLMAN pour écrire l’ami retrouvé?

  4. eden😊 dit :

    Bien

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