Archives de mars, 2013

Musique et propagande 1-correction (4)

musique

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Autorretrato con tehuana.Diego en mi pensamiento Oleo sobre masonita 1943

 

Problématique et analyse

Comment l’auto portrait met-il en évidence la volonté de l’artiste de s’imposer en tant que femme dans son couple et dans la société ?

 

Date de l’œuvre : 1943.

Fait partie de la période surréaliste de l’artiste .

Frida Kahlo : Artiste mexicaine née le 6 juillet 1907.

Elle a beaucoup souffert dans son enfance et sa jeunesse à cause d’une maladie (la polyomélite ) puis d’un grave accident de bus qui la laisser paralyser pendant de nombreux mois. Suite a ce drame, elle commencera à peindre dans son lit en s’aidant d’un miroir placé sur le plafond de son lit à baldaquin.

Plus tard, elle fera partie du parti révolutionnaire mexicain et défendra l’émancipation des femmes dans la société mexicaine très machiste.

C’est à cette période qu’elle rencontre Diego Rivera, lui aussi artiste peintre, qui deviendra son mari en 1929. Ils connaitront une vie de couple très tumultueuse, divorceront en 1938 avant de se remarier en 1940. En 1943, année où elle a peint cette œuvre, elle se fera opérer de la colonne vertébrale et restera de longs mois en « enfermée » dans une corset de fer.

Après une vie de souffrance physique et psychologiques (trahisons de son mari), elle décèdera en 1954

Interprétation de l’œuvre

*Mise en avant de son féminisme par le port de sa tenue traditionnelle de Tehuna, région du sud ouest du Mexique qui a conservé les traditions matriarcales et dont les structures économiques relèvent du domaine de la femme.

*en portant cette tenue, elle veut aussi rompre avec les autoportraits européens pour mettre en avant sa culture : le mexicanisme.

*fierté pour sa culture pré-colombienne que les mexicains eux-mêmes  ont rejeté pour imiter le modèle européen.

*elle veut incarner par la même le nouveau modèle de femme qui va à l’encontre de l’image traditionnelle de la femme inférieure à l’homme dans la société très machiste mexicaine : traits androgynes (traits masculins ambigus, sourcils très épais, moustache apparente), femme qui subvient à ses besoins , forte.

=> si l’on compare ses dimensions avec celle de Diego dans cette œuvre , on voit bien que celle qui domine c’est elle. Elle prend tout le cadre du tableau .

* Portrait de Diego Rivera au milieu de son front (il est dans toutes ses pensées) mais il est emprisonné dans une toile d’araignée. Elle l’a pris au piège de sa toile (dans les deux sens du terme).

*Le fait qu’on ne voit que le haut de son corps serait un rappel à sa souffrance face à ce corps meurtri, son incapacité à bouger à cause de son accident puis de ses maladies qui en découlaient.

*On ne voit que son visage et ses yeux profonds qui tentent de nous hypnotiser.

*Il est important de noter la forme triangulaire que crée son corps dans le tableau et au sommet de ce triangle se trouve Diego, elle s’impose par sa taille dans le tableau mais celui qui est au sommet de ses pensées se trouve être son mari.

 

Rapport à la problématique

*Domination de la femme dans la société :

– par sa tenue : société matriarcales de Tehuana

-par cette volonté de trancher de l’image traditionnelle de la femme douce et belle avec ses traits fortement masculinisés.

-par  sa revendication de sa culture précolombienne.

 

Domination dans son couple :

-elle occupe tout le tableau par sa tenue alors que Diego n’est représenté qu’en tout petit au milieu de son front.

-la toile d’araignée dans laquelle elle a emprisonné son mari.

 

Vocabulaire spécifique

Mexicanisme :mouvement artistique et culturel dont l’objectif est de mettre en avant et de remettre à l’honneur les racines  précolomobiennes  dont son issus les mexicains.

 

Surréalisme : selon son créateur André Breton, le surréalisme a pour but de résoudre les contradictions entre le rêve et la réalité. Pour cela, plusieurs moyens sont possibles comme peindre des scènes illogiques ou en développant des techniques de peinture permettant à l’inconscient de se manifester.

 

 

 

VENEZ  DONC  VOIR                     Boris VIAN
Venez donc voir , venez donc voir
Un évènement considérable
Un anarchiste ,bandit notoire qui va se rendre à la police,
Pour subir ses supplices
Si nous payons ces fonctionnaires , c’est bien pour qu’ils fassent leurs devoirs.
Allons enfants , marchons gaiement , soyons vaillants , hardis les gars !
Allons enfants ,marchons gaiement , soyons vaillants !
La France attend !
Travaux et analyses :
  – Biographie , idées , œuvres de Boris VIAN ( 1920-1959 ).
  – Venez donc voir ( vers 1950 ) : sens du texte , contexte social et politique.
  – Texte parlé sur fond musical
     Appel , déclamation , détermination , autorité , . . .
  – Fond musical : un accordéon , instrument populaire et français.
  – Style et genre musical : valse lente , musette , musique populaire et française.
  – Idées : appel pour : approuver , soutenir , défendre , . . . L’Etat et le Pouvoir . . ,
         Patriotisme , . . .
LE  TANGO  DES  JOYEUX  BOUCHERS,        Boris VIAN
C’est le tango des bouchers de la Villette
C’est le tango des tueurs des abattoirs
Venez cueillir la fraise et l’amourette
Et boire du sang avant qu’il soit tout noir. Faut qu’ça saigne !
Faut qu’les gens aient à bouffer
Faut qu’les gros puissent se goinfrer
Faut qu’les p’tits puissent s’engraisser. Faut qu’ça saigne !
Faut qu’les mandataires aux halles
Puissent s’en fourrer plein dalle
Du filet à huit cent balles , Faut qu’ça saigne !
Faut qu’les peaux se fassent tanner
Faut qu’les pieds se fassent paner
Que les têt’s aill’nt mariner. Faut qu’ça saigne !
Faut avaler de la barbaque
Pour êt’ bien gras quand on claque
Et nourrir des vers comaques , Faut qu’ça saigne !
C’est le tango des joyeux militaires
D’Hiroshima, Buchenwald et d’ailleurs
C’est le tango des fameux va t’en guerre
C’est le tango de tous les fossoyeurs. Faut qu’ça saigne !
Appuie sur la baïonnette
Il faut qu’ça rentr’,faut bien qu’ça pète
Sinon t’auras un’gross’têt’. Faut qu’ça saigne !
Démolis en quelques uns
Tant pis si c’est des cousins
Fais leur sortir le raisin ! Faut qu’ça saigne !
Si c’est pas toi qui les crèves
Les autres prendront la relève
Et toujours la vie crève. Faut qu’ça saigne !
Demain ça sera ton jour
Demain ça sera ton tour
Plus de bonheur,plus d’amour. Faut qu’ça saigne.
Travaux et analyses :
  – Biographies , idées , œuvres de Boris VIAN ( 1920 – 1959 ).
  – Le tango des joyeux bouchers ( vers 1950) : sens du texte ,contexte social et politique.
  – Origine et définition du tango.
  – Caractéristiques et symbolismes du tango : Rythme syncopé ,saccadé , percutant, . . .     Dualité , affrontement , opposition , . . . Entre : mélodie/rythme (en musique ), homme/femme , vie/mort , amour/guerre , bien/mal , . . . .hommes/hommes . . .
  – Idées développées dans le texte :
      Constat , critique , condamnation , ironie , provocation , . . . . Sur :
       L’homme , la nature humaine , la cruauté de l’homme , la société de consommation , le pouvoir , l’Etat , la guerre , . . . .
  – Analyse :  la mise en musique de ce texte – pourquoi l’utilisation du tango ?

 

L’Ami retrouvé (1971) de Fred Uhlman

 

Contexte biographique

 

Fred Uhlman est né en 1901 à Stuttgart. Sa famille, aisée, d’origine juive mais peu pratiquante, est installée depuis deux siècles en Allemagne. Il fréquente une école où il est le seul enfant juif. Devenu jeune avocat, il s’engage au parti social-démocrate, adversaire du Parti nazi. Après la victoire d’Hitler  aux élections législatives de 1932, il évite de peu la déportation en fuyant l’Allemagne. Il s’installe à Paris où il fréquente les milieux artistiques et se met à peindre. En 1936, il rencontre Diana, fille d’un parlementaire anglais. Il l’épouse et s’installe en Angleterre où il essaie de faire venir ses parents qui refusent de quitter l’Allemagne : ils mourront en déportation. Lui-même s’éteint à Londres en 1985.

Contexte historique

 

1921 : Hitler prend la tête du Parti national socialiste allemand des travailleurs (NSDAP)

1925 : Parution de Mein Kampf ; 1 450 000 exemplaires vendus entre 1925 et 1933.

Avril 1932 : Le chancelier Hindenburg est réélu président du Reich. Hitler a obtenu 37% des voix.

Juillet 1932 : Le parti nazi remporte la majorité aux élections législatives.

Janvier 1933 : Hitler devient chancelier.

Février 1933 : Le Reichstag est incendié, les communistes arrêtés, le Parti communiste interdit.

Avril 1933 : Premières mesures antisémites : les Juifs sont exclus de la fonction publique, les entreprises et commerces juifs sont boycottés.

Juillet 1933 : Le national- socialisme est déclaré parti unique. Création de la Gestapo.

En 1932, des événements agitent l’Allemagne. À cette période, la crise économique mondiale touche durement le pays. L’Allemagne est d’autant plus affaiblie économiquement qu’elle doit payer un lourd tribut aux vainqueurs de la Première Guerre mondiale : un fort ressentiment anime le peuple allemand à la suite de la signature du traité de Versailles (28 juin 1919). C’est dans ce contexte que l’antisémitisme et la doctrine nazie font leur apparition et gagnent un électorat croissant lors des élections présidentielles en mars-avril 1932 puis législatives en novembre de la même année.

Le récit commence un an avant l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler.

Etude de l’œuvre

 

Problématique : Comment l’Histoire (le nazisme et l’antisémitisme) influe sur l’histoire d’amitié entre deux personnages ?

 

L’histoire se déroule à Stuttgart, en Allemagne, en 1932. Le narrateur se nomme Hans Schwarz. Il est aussi le personnage principal du récit. Il relate un épisode de sa jeunesse qui l’a marqué. À l’époque de l’histoire, il avait seize ans, était scolarisé dans le Wurtemberg,  au lycée Karl Alexander. Le récit est rédigé à la première personne du singulier, ou du pluriel lorsque le narrateur s’inclut dans le groupe des élèves de sa classe.

Cette année-là, arrive un nouvel élève, nommé Conrad von Hohenfels. Pour le narrateur c’est une rencontre inoubliable. Cette rencontre l’a profondément bouleversé. Hans est d’emblée attiré par Conrad et met en œuvre une stratégie pour attirer son attention. Il y parvient après deux vaines tentatives. Naît alors une amitié profonde. Hans a une conception idéaliste de l’amitié : « confiance », « abnégation », et « loyalisme » (chapitres 3 et 4) sont les noms qu’il emploie pour caractériser cette relation.  Celle-ci est donc exigeante et a l’intensité d’une relation amoureuse (effet produit par le vocabulaire amoureux dans les quatre premiers chapitres et les comparaisons du chapitre 5). Elle comble de bonheur Hans et change sa vie (chapitres 5 et 6).

Mais cette amitié  fondée sur la confiance, le dévouement, le sens du sacrifice, une fidélité sans faille, entre un juif et un aristocrate chrétien est-elle possible dans l’Allemagne des années 1930 ?

De nombreux facteurs peuvent entraver l’amitié de Hans et Conrad :

-les différences familiales, sociales : Alors que Hans vient d’une famille d’origine juive, appartenant à la petite bourgeoisie, Conrad Graf von Hohenfels est issu d’une famille de très grande noblesse qui a contribué à écrire l’histoire d’Allemagne depuis plusieurs siècles (tout le chapitre 2 insiste sur cette gloire qui rend Conrad différent des autres élèves).

-des conceptions religieuses et culturelles opposées : Au début du chapitre 7, Hans dit croire en un Dieu bon et juste. Ses parents (son père est agnostique et sa mère pratique à la fois les rites juifs et les rites catholiques)  lui laissent  la liberté de choisir sa croyance. À l’inverse, Conrad est élevé dans la tradition protestante.  Mais un événement tragique  bouleverse Hans et le pousse à s’interroger  sur Dieu : Trois enfants périssent dans un incendie (drame qui peut annoncer et symboliser les fours crématoires où périront des milliers d’enfants innocents). L’incendie de la maison Bauer apparaît comme une injustice : le spectacle de ses voisins qu’il observait depuis sa fenêtre respirait l’harmonie et la candeur. Que le feu détruise ces enfants révolte Hans : il ne peut accepter l’absurdité de ces morts et les explications qu’il obtient du pasteur ne le convainquent pas. Cet événement l’oriente vers l’athéisme : Dieu ne peut exister, sinon il ne permettrait pas de telles horreurs. Conrad ne montre pas la même indépendance d’esprit que Hans.  Malgré qu’il avoue son désarroi face à la mort accidentelle des enfants, il est réticent à remettre en cause l’existence de Dieu, ne parvient pas à mettre en question le cadre religieux transmis par sa famille, à s’en affranchir.

Hans et Conrad sont parvenus à dépasser leurs différences sociales et culturelles. Qu’est-ce qui compromet alors leur relation ?

Ce sont les préjugés racistes et religieux qui viennent à bout de leurs liens.

Dés le début de son amitié avec Conrad, Hans pressent une possible rupture à cause de son identité juive : Au chapitre 13,  dans la maison de Conrad, Hans découvre un portrait, celui d’Adolf Hitler, mais il ne peut croire que c’est bien lui.  Il est dans une forme de déni, il est pour lui inimaginable que la famille de son ami ait un quelconque lien avec une telle personne. Lors de ces visites chez Conrad, il remarque pourtant qu’il ne rencontre jamais les parents de Conrad. Il hésite entre plusieurs interprétations. C’est l’attitude de Conrad à l’opéra qui confirme ses soupçons : Conrad ignore son ami pendant la représentation et pendant l’entracte. Conrad révèle à son ami que sa mère est antisémite et qu’elle est la cause de son mépris à l’opéra. Ce terrible aveu produit un effet irréversible sur l’amitié des deux adolescents. C’est  la fin de l’amitié des jeunes garçons.  Continuer à entretenir la même relation s’avère en effet difficile après un tel aveu. Les propos insultants de la mère de Conrad, cette idéologie raciste ont blessé Hans qui pourrait faire des reproches à son ami, mais lui-même n’en est pas responsable.

Des signes annonciateurs de l’antisémitisme apparaissent au chapitre 16 : Hans subit des vexations et des menaces. Proférés par le professeur Herr Pompetzki d’abord, puis répercutés par ses condisciples, les propos sur la supériorité des Aryens se transforment en une stigmatisation des juifs que l’on accuse des maux de l’Allemagne : on le met à l’écart, on ne lui parle plus, on se moque de lui, on l’humilie, on l’incite à quitter sa patrie pour la Palestine. On retrouve donc la progression de l’antisémitisme : stigmatisation, désignation des juifs comme boucs émissaires, ségrégation, désir d’exclure les juifs. Certains aspects de la doctrine nazie à savoir les notions de supériorité de la race aryenne et d’assujettissement des sous-races (dont la « race » juive) sont donc illustrés ici.

Conrad n’intervient pas pour aider son ami dans une bagarre et victime de brimades antisémites. Hans, déçu et blessé, éprouve une profonde solitude. Il prend la décision de mettre fin concrètement à son amitié avec Conrad en l’évitant. Au chapitre 17, Conrad envoie une lettre d’au-revoir pleine d’affection à son ami : ce dernier, à la demande de son père voulant le préserver de la montée de l’antisémitisme, doit partir à l’étranger.  Dans sa lettre Conrad explique qu’il a été séduit par Hitler, qu’il fait confiance à cet homme,  qu’il le soutient, qu’il a une vision positive de l’avenir de son pays.  Conrad semble avoir intégré les principes du nazisme. Il ne comprend pas jusqu’où ira le racisme nazi. Hans quitte ses racines, son pays, ses parents (qui se suicident après son départ).

Trente ans plus tard, le narrateur n’est pas heureux malgré sa réussite matérielle, professionnelle et personnelle.  Cela s’explique probablement  par son histoire douloureuse : rupture d’une amitié profonde et fusionnelle, brimades et injures racistes, arrachement à son pays et à sa famille.

Quelle est la signification, la portée de ce récit ?

Les chapitres 18 et 19 sont une sorte d’épilogue (chapitre exposant des faits postérieurs à l’action et destiné à en compléter le sens, la portée, selon Le Petit Robert). C’est ici le cas car une ellipse de trente ans sépare les actions rapportées jusque-là des événements racontés dans les deux derniers chapitres. Mais ceux-ci ne font pas que compléter le sens de l’histoire d’amitié de ces deux adolescents : ils lui donnent réellement son sens et clôturent l’histoire.

« VON HOHENFELS, Conrad, impliqué dans le complot contre Hitler. Exécuté. »La dernière phrase du livre « Exécuté » est écrite en italique. Elle est formée  du seul participe pour ressortir par rapport aux autres.  Elle signifie que Conrad n’est pas mort au combat mais qu’il a participé à l’attentat échoué contre Hitler : un certain nombre de généraux, comprenant trop tard que Hitler menait l’Allemagne à sa perte, fomentèrent un complot pour éliminer le Führer. La bombe éclata le 20 juillet 1944 mais Hitler ne fut que légèrement blessé. Sa vengeance fut terrible : plus de cinq mille personnes furent exécutées.

Conrad a donc finalement compris son erreur et défendu la cause de son ami Hans et de toutes les victimes du nazisme en général, contre l’avis de ses parents. Les dernières phrases du récit donnent toute leur dimension à l’amitié des adolescents : Conrad, en sacrifiant sa vie pour lutter contre Hitler, a d’une certaine manière mis en œuvre l’idéal d’amitié de Hans.  Surtout cette fin du livre en  explique le titre, L’Ami retrouvé   (titre original anglais : Reunion) : Les deux amis sont à nouveau unis symboliquement (« nouvelle union »), Hans a d’une certaine façon retrouvé son ami.

L’Ami retrouvé de Fred Uhlman, collection Classicocollège, éditions Belin Gallimard + dossier pédagogique par Claire de La Rochefoucauld

Marie-France NARALINGOM.

MATIN BRUN de Frank Pavloff

L’auteur
Frank Pavloff est un écrivain français né en 1940. Spécialiste en psychologie et en droit des enfants il s’est engagé dans de nombreuses associations et a participé à de nombreuses missions humanitaires à l’étranger. Il partage son temps entre la justice et l’écriture et il s’est surtout fait connaître grâce à sa nouvelle Matin Brun qui a rencontré un succès rapide et international.

L’œuvre et son contexte
Frank Pavloff décide d’écrire Matin Brun sur un coup de colère, lorsqu’en 1998, lors des élections régionales, la Droite s’allie au Front National pour remporter la présidence de certaines régions de France. Quatre ans plus tard, en 2002, lors des élections présidentielles, Jean-Marie Le Pen, qui représente le Front National, accède au second tour. Matin Brun connaît alors une seconde vie : il devient un véritable best-seller car il incarne la lutte contre le racisme et l’intolérance souvent incarnés par le Front National. Matin Brun raconte en effet la mise en place d’un « état brun » et de « lois brunes », où tout ce qui n’est pas « brun » est banni.
La nouvelle a été traduite dans près de 25 langues, elle s’est vendue à plus d’un million d’exemplaires à travers le monde.
Comment Frank Pavloff, à travers cette nouvelle, dénonce-t-il alors les affres et les dangers des pouvoirs en présence dans les années 1998-2002 ?

La structure de l’œuvre
Matin Brun est une nouvelle, c’est donc un texte très court (11 pages). L’auteur ne perd pas de temps à présenter les personnages (le narrateur et son ami Charlie), le lieu ou l’époque du récit. L’incipit de la nouvelle est donc un incipit « in media res », on rentre directement au cœur de l’action, le lecteur est directement projeté dans « l’état brun » et découvre dès la première page sa première loi : les chiens et les chats qui ne sont pas bruns doivent être piqués ou empoisonnés.
La nouvelle est organisée en une succession de paragraphes qui commencent presque tous par un indicateur temporel (« quelques temps après », « hier », « ce matin » etc) et qui racontent la mise en place des nouvelles « lois brunes » :
− l’interdiction du quotidien de la ville qui contredit les recherches et les lois de l’état,
− l’interdiction des livres qui contiennent les mots « bruns» et « brune »,
− l’arrestation des personnes et des membres de leur famille qui auraient possédé un animal brun même avant la promulgation de la loi.
La nouvelle a une structure elliptique car les événements qui pourraient se dérouler entre chaque paragraphe sont passés sous silence. De plus, on remarque également, qu’au fur et à mesure que l’on avance dans la nouvelle, le laps de temps qui s’écoule entre chaque paragraphe est de plus en plus court, de même concernant la taille des paragraphes et des phrases qu’ils contiennent. Le rythme de la nouvelle est donc de plus en plus rapide et cela participe à la création de la tension dramatique, celle-ci atteint son apogée à la fin de la nouvelle qui se termine dans le suspens : le narrateur, qui entend frapper à sa porte, va-t-il se faire arrêter lui aussi, comme son ami Charlie?
Les personnages
Toujours dans l’optique d’une économie de moyens propre à la nouvelle, celle-ci ne met en scène que deux personnages : le narrateur et son ami Charlie. Tous deux sont des personnages ordinaires, qui mène une vie ordinaire et ont des activités ordinaires : discuter autour d’un café de sujets peu importants, jouer au tiercé, lire la rubrique sports du journal, jouer à la belote en buvant des bières etc, bref, ils s’apparentent davantage à des anti-héros. Mais cette banalité des personnages est voulue, car combinée à l’absence de description physique, elle permet au lecteur de s’identifier à eux, l’auteur aura donc plus de facilité à lui transmettre son message…
Face à la mise en place des « lois brunes », l’attitude et les sentiments des personnages évoluent tout au long de la nouvelle. Le narrateur et son ami Charlie sont tout d’abord dans une posture d’acceptation teintée d’insouciance : ils ne s’opposent pas à cet « état brun » simplement parce qu’ils ne veulent pas d’ennuis et qu’ils choisissent la solution de facilité : accepter pour être tranquilles (« Comme si de faire tout simplement ce qui allait dans le bon sens dans la cité nous rassurait et nous simplifiait la vie. La sécurité brune, ça pouvait avoir du bon. ») Mais à mesure que les « lois brunes » deviennent de plus en plus contraignantes et injustes, le doute s’immisce dans leur esprit. Il faudra qu’il se retrouve directement impliqué dans le « système brun », lorsque que Charlie se fera arrêté pour avoir possédé, avant, un labrador noir, pour que le narrateur, qui lui a possédé un chat blanc, prenne enfin conscience de la dangerosité de ce système et regrette de ne pas s’être révolté, laissant alors la peur prendre le pas sur l’insouciance (« J’aurais dû me méfier des Bruns dès qu’ils ont imposé leur première loi sur les animaux. ») On commence alors à saisir l’une des facettes du message que l’auteur adresse à ses lecteurs : méfiez-vous d’un état qui cherche à vous imposer des lois injustes et intolérantes, elles finiront par vous concerner, révoltez-vous, n’acceptez pas, ne choisissez pas la solution de facilité.

Derrière « l’état brun »
On en vient alors à déduire que « l’état brun » symbolise et incarne le spectre d’une idéologie nationaliste et fasciste qui planait au dessus de la France au moment de l’écriture de la nouvelle et qui la hante sans doute encore …
A travers les « lois brunes », qui instaurent la couleur « brune » comme seule couleur autorisée, comme seule couleur de référence, Frank Pavloff dénonce le racisme, l’intolérance envers tous ceux qui ne sont pas « de la même couleur ». L’auteur s’oppose ainsi dans sa nouvelle à certains extrémismes politiques.
En décrivant un système intolérant, où l’on interdit les outils d’expression du contre-pouvoir (le journal qui dénonce la suppression des chiens, les livres), où l’on nous interdit de penser ou d’agir en dehors d’un cadre établi, et où l’on risque la prison pour ne pas avoir respecté des lois injustes et stupides, l’auteur nous avertit sur les dangers d’un système totalitaire et dictatorial et il nous exhorte à l’action et à l’engagement.

Mme Picard