Archives de octobre, 2012

Rencontre artistique avec Marie-Claude Quignon.

« Eh bien oui, je suis toujours curieuse de rencontres même à distance, c’est même la base de mon travail, peut être que vos élèves peuvent se présenter brièvement, nom, âge, lieu de vie, leur envie ou projet pour un futur proche, ce serait une façon vivante d’entrer en relation, qu’en pensez vous ? »

« j’attends avec plaisir ce que cette aventure va nous amener. »

Cordialement
Marie claude Quignon

Mille et un bocaux

Marie Claude Quignon

Problématique et analyse

Marie Claude quignon donne la parole à des femmes de la Méditerranée, des femmes qui n’ont pas souvent accès à la libre expression dans leur foyer ou en société. Avec La Forge, association culturelle. « Comment intervenir sur la réalité, le présent, la société, avec des productions artistiques  ?” voilà une mission de cette association.” Elle est allée les rencontrer dans leurs quartiers pour leur permettre une réelle rencontre avec l’art mais aussi pour leur donner la parole.

Date de création et contexte historique

1995-1998.

Auteur

Marie Claude Quignon est une artiste plasticienne qui s’intéresse aux questions des femmes et sociales. Elle a travaillé notamment en milieu carcéral avec des femmes. « Durant deux ans, j’ai rencontré des femmes incarcérées. Il ne s’agissait pas pour moi de réaliser un travail documentaire ou social sur la prison, mais d’enregistrer l’incidence de cette situation physique et mentale particulière sur le corps et la parole” Toutes les femmes ont mal au ventre.

Interprétation de l’œuvre

La rencontre avec cette œuvre est surprenante : quelle est cette épicerie fine qui s’est installée dans l’espace du musée ? En regardant de plus près, on découvre des centaines de bocaux remplis d’objets divers et variés. Le spectateur est intrigué et cherche à en savoir davantage. Les bocaux sont rangés et bien disposés de telle sorte que l’ensemble forme un tout mais que chaque bocal soit isolé des autres afin de bien pouvoir le contempler.

Marie Claude Quignon a donné un bocal transparent « le parfait » à chacune de ces femmes en leur demandant d’y introduire des objets du quotidien. Elles devaient s’adresser à leurs enfants en leur montrant de quoi ils devaient se méfier ou au contraire des conseils pour trouver une manière de bien vivre.

« Un bocal pour y disposer (hors toute considération esthétique) un objet symbolique pour dire ce qu’elles veulent transmettre (à leurs enfants).

Un bocal positif pour dire ce sur quoi leurs descendants peuvent s’appuyer pour bien vivre.
Un bocal négatif pour dire de quoi ils doivent se méfier. “

L’association La Forge avec l’artiste et une écrivaine Annie Cohen qui a suivi le travail de ces femmes ont encadré cette action.

“Chaque parcelle de cette oeuvre sera un bocal renfermant un peu de chacune d’elles. Le regard de ces femmes est profond et tendre, même les plus jeunes me regardent comme des mères.” Extrait du journal de Marie Claude Quignon, 18 avril 95, Maubeuge

C’est donc une grande installation faite d’étagères de hauteurs différentes disposées comme un labyrinthe dans lequel le spectateur déambule en découvrant les bocaux remplis par ces femmes de la Méditerranée. C’est comme un grand llivre ouvert où chaque bocal est un chapitre de vie d’une femme.

“Aujourd’hui, nous avons récolté plus de 700 bocaux.
Des bocaux qui disent le monde, une culture, une langue, un pays.
Sept cents bocaux qui disent une parole authentique, plurielle, pour une installation ouverte.”

Sept cents bocaux qui conservent des paroles de femmes qui d’habitude ne s’expriment pas de cette manière et qui font leur première rencontre avec l’art contemporain notamment avec le détournement d’objets. On voit dans ce bocal ci-dessus que le bocal représente un visage recouvert d’un foulard. Comment ne pas songer à la burqa qui ici est transparente laissant découvrir le visage d’une femme ? Certains bocaux sont ouverts, d’autres bien refermés en fonction de ce que ces femmes ont voulu dire.

Le titre de l’oeuvre est inspiré par des contes 1001 nuits qui est un recueil anonyme de contes populaires en arabe, d’origine persane et indienne. Il est constitué de nombreux contes enchâssés et de personnages mis en miroir les uns par rapport aux autres.

La structure de l’oeuvre de M.C Quignon reprend la structure du recueil avec des bocaux alignés relatant des petites histories, le tout formant une grande histoire artistique sur la thématique des femmes. Cette oeuvre est un grand polyptyque (voir la guerre est un jeu d’enfantde Francis Moreeuw). Une oeuvre donc qui s’adresse aux enfants de ces femmes mais également aux enfants, aux femmes et au monde en

général.

Les Mille et une nuits: Le sultan Shahryar, déçu par l’infidélité de son épouse, la condamne à mort et, afin de ne pas être à nouveau trompé, il décide de faire exécuter chaque matin la femme qu’il aura épousée la veille. Shéhérazade, la fille du grand vizir, se propose d’épouser le sultan. Aidée de sa sœur, elle raconte chaque nuit au sultan une histoire dont la suite est reportée au lendemain. Le sultan ne peut se résoudre alors à tuer la jeune femme ; il reporte l’exécution de jour en jour afin de connaître la suite du récit commencé la veille. Peu à peu, Shéhérazade gagne la confiance de son mari et finalement, au bout de mille et une nuits, il renonce à la faire exécuter11.

Comment ne pas voir dans cette oeuvre une interpretation plastique de ce conte où tant que les femmes parleront, l’histoire restera ouverte ? C’est au public de décider de la fin de cette rencontre avec ces femmes qui ont livré un peu de leur intimité dans chacun de ces bocaux.

Cette installation est un pénétrable contrairement à l’oeuvre de Moreeuw. Il y a un rapport au corps créé avec le spectateur afin de le toucher, de l’émouvoir. On marche donc dans le “corps” de cette oeuvre qui tantôt est repliée sur elle (les etageres sont très proches les unes des autres en fonction de l’espace de l’exposition) ou plus dispersées. C’est une oeuvre à géométrie variable.

Les femmes ont fait leur cuisine à l’intérieur, mais une cuisine plastique dans le but de délivrer un message.

Sur la photo de l’installation ci-dessus, un jeu d’éclairage met en lumière les bocaux avec un clair-obscur magnifiant les reflets, la transparence des bocaux délivrant leur secret au spectateur. Mais parfois, les bocaux sont installés dans la lumière du jour et la perception est totalement différente.

Mari-Claude Quignon adapte son oeuvre tentaculaire au lieu, à l’espace d’exposition. Elle qualifie son installation “ouverte”, en effet elle n’a pas de début ni de fin.

Cette oeuvre dans sa structure fait penser aux pellicules autrefois de la photographie argentique où chaque bocal serait un portrait, une photo prise par l’artiste où le modèle aurait choisi sa pose, son message. En effet ces pellicules sont transparentes pour laisser passer la lumière, comme les bocaux délivrant leur contenu. Chaque étagère serait un morceau de pellicule. L’artiste M.C. Quignon a realise comme un reportage plastique sur les femmes de la Méditerranée.

Chaque bocal est en fait un phylactère: une bulle, “Un phylactère, généralement connu comme la bulle, est un moyen graphique utilisé en illustration puis en bande dessinée pour attribuer des paroles aux personnages. »

Cette installation est une bande-dessinée géante, chaque étagère une case de l’ouvrage.

“Un phylactère est, à partir de l’art chrétien médiéval, un moyen graphique semblable à une petite banderole, sur laquelle se déploient les paroles prononcées par le personnage que l’on représente (par exemple de nombreuses Annonciations). »

Strigel 1506

Rapport à la problématique

Une femme artiste donne la parole à d’autres femmes qui en sont privées. Elle fait rentrer dans l’espace du musée la liberté d’expression féminine.

Prolongements et rapprochements avec d’autres œuvres artistiques

Shadafarin Ghadirian, Like ererydays series, Sans titre (Femme voilée et gant jaune),

Photographe, elle montre la consideration des femmes dans les pays où elles sont opprimées.183 x 183 cm, C-print, 2000-2001 Saatchi Gallery. Elle remet en question le role et le statut des femmes dans les pays islamistes. Mais elle montre une image positive de ces femmes pourtant soumises aux codes de la Charia: Le terme utilisé en arabe dans le contexte religieux signifie : « chemin pour respecter la loi [de Dieu] ». On pense au port du voile et à la burqa.

Prolongement pédagogique 3ème :

Rencontre avec Marie Claude Quignon:

je suis toujours curieuse de rencontres même à distance, c’est même la base de mon travail, peut être que vos élèves peuvent se présenter brièvement, nom, âge, lieu de vie, leur envie ou projet pour un futur proche, ce serait une façon vivante d’entrer en relation” Marie Claude Quignon aux élèves du college.

j’attends avec plaisir ce que cette aventure va nous amener.

1) A la manière de ces femmes de la Méditerranée, avecdes objets, des images, des fragments de matériaux qui montreront ce que vous aimez ou ce que vous n’aimez pas dans la vie de tous les jours, vos projets, vos envies ou un souvenir ou un cauchemar, votre lieu de vie, votre île, présentez-vous ou une partie de vous-même à l’artiste. Possibilité de représenter ces objets si vous ne les avez pas à disposition.

Apprentissages :

– Prendre en compte les points de vue du regardeur et de l’auteur

– Répertorier les modalités d’exposition, accrochage, mise en scène, mise en espace

Compétences :

– Produire du sens en disposant des objets, des matériaux, des volumes dans un espace déterminé

– Prendre en consideration, dans une production artistique, des données physiques d’un espace plan (longueur,largeur, proportions

2) Vous placerez le tout sur une grande feuille de papier blanc (que vous pourrez peindre), où vous réaliserez une bulle (un phylactère) qui représentera l’espace de votre parole à l’artiste. Soit en peinture soit aussi avec des objets ou des matériaux).La forme de la bulle devra représenter votre personnalité et caractère (forme, couleur, mise en page dans la feuille …)

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Joana Vasconcelos

Problématique et analyse

Joana Vasconcelos évoque la condition des femmes, condamnées à cuisiner et à porter des talons hauts tout en faisant d’elles une installation monumentale.  »

“Dans cette sculpture, Joana juxtapose la dualité de rôles de femme dans la société – le rôle domestique(intérieur), qui traite avec la maison, s’occupant de la famille, etc et la sphère sociale, qui exige que des femmes recourent aux mesures artificielles et inconfortables pour apparaître plus socialement complaisantes.” Ana Rodrigues

Date de création et contexte historique: 2011, au Château de Versailles

Auteur

Joana Vasconcelos est née à Paris et vit et travaille à Lisbonne .

Suivant les traces de l’artiste américain Jeff Koons , le français Xavier Veilhan et Bernar Venet, et les Japonais Takashi Murakami , Joana Vasconcelos sera la première femme et la plus jeune artiste contemporain à exposer à Versailles. (wkp)

Interprétation de l’œuvre

C’est une accumulation de marmites métalliques et brillantes en forme de chaussure à talon aiguille géante, d’une échelle monumentale.

La surface brillante et réfléchissante des marmites donnent un caractère dur à ses chaussures clinquantes, rien de chaud dans ces marmites détournées de leur fonction. Non, c’est une image de femme qui a quitté ses fourneaux, d’une femme polie, d’une femme brillante, réfléchissante que l’artiste nous livre , l’image d’une femme élégante, raffinée (l’assemblage des marmites est parfait, suivant les courbes du pied), d’une femme entrant dans le monde de l’art et de l’histoire avec brio. « La femme doit être séductrice et cuisinière alternativement » Philippe Dagen

L’artiste crée un contraste saisissant avec le décor de Versailles : quelle est cette reine, cette princesse entrée au palais, laissant ses chaussures sur le parquet ? Une géante Cendrillon ?

Vasconcelos s’approprie, décontextualise et subvertit les objets préexistants et les réalités quotidiennes. Elle joue avec les changements d’échelle. Le spectateur devant ces chaussures doit se sentir tout petit face à ces escarpins géants et métalliques. L’artiste travaille le rapport au corps dans cette oeuvre, corps de la femme magnifié, monumentalisé mais aussi la perception par le public.

Quelle action effectue l’artiste pour réaliser son oeuvre ? Empiler, emboîter, accumuler, disposer, agencer de façon plastique des marmites en occupant un grand espace. C’est bien le geste de la ménagère qui cherche des solutions économiques pour ranger ses casseroles dans ses placards, toujours trop grosses ou envahissantes.

Rapport à la problématique

La femme est représentée de façon monumentale, elle occupe toute la place de la salle, se réfléchissant même dans les glaces.

« Si Joana Vasconcelos prends des airs de coquette et surjoue la féminité, c’est pour mieux en dénoncer les lieux communs ». Philippe Dagen

Vocabulaire spécifique

Accumulation

Changement d’échelle

Monument

Action

Geste

Prolongements et rapprochements avec d’autres œuvres artistiques

Arman a été le premier à réaliser des accumulations d’objets pour en faire des œuvres d’art.

Vénus au ongles rouges, 1967

Ici aussi, les objets sont détournés mais Arman ne travaille pas à une échelle monumentale. Il reprend les formes de la fameuse statue antique : la Vénus de Milo.

Zoulika Bouaddellah : l’artiste met en scène un dicton de la sagesse chinoise « ne rien dire, ne rien voir, ne rien entendre » pour dénoncer la condition des femmes dans les pays arabes où règne le fanatisme religieux et où les femmes sont condamnées à se taire et n’ont pas droit à la parole publique.

Les singes de la sagesse (aussi appelés « les trois petits singes ») est un symbole d’origine asiatique constitué de trois singes, dont chacun se couvre une partie différente du visage avec les mains : le premier les yeux, le deuxième la bouche et le troisième les oreilles. Ils forment une sorte de maxime picturale : « Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire ». À celui qui suit cette maxime, il n’arriverait que du bien. (wkp)

Le singe à la Renaissance était le symbole des peintres.

Cette casserole à couscous perforée nous fait penser à la Burqa

Fiesta, Pascale Simont, artiste résidant à la Réunion

Les chaussures noires agrandies elles aussi, forment comme une sorte de cadre de la peinture. Composition mettant en scène une symétrie presque parfaite. Le rouge et le noir sont les couleurs dominantes mettant en évidence la carnation de la peau. Le motif de la robe occupe la moitié de la surface de la toile et coïncide presque avec la surface du tableau

Francis Moreeuw, le Roi et la Reine, sculpture, technique mixte, 1998

Là aussi, les pieds de la reine sont surdimensionnés. Elle porte en guise de couronne des couverts dorés.

Charles Baudelaire était très impressionné par les grandes choses. Dans Le salon de 1859 il dit : « Dans la nature dans l’art, je préfère, en supposant l’égalité de mérite, les grandes choses à toutes les autres, les grands animaux, les grands paysages, les grands navires, les grands hommes, les grandes femmes, les grandes églises, et, transformant comme tant d’autres, mes goûts en principes, je crois que la dimension n’est pas une considération sans importance aux yeux de la beauté. » Wikipedia

Claude Lévêque, claude lévêque, valstar barbie, 2003