JM  FOLON, « Non à la peine de mort », 1978

TYPE de document : affiche (1978, soit trois ans avant 1981, date de l’abolition de la peine de mort     par F.Mitterrand).

THEME : la peine de mort et son abolition

THESE : il faut abolir la peine de mort

Problématique : cette affiche, qui marque un rapport conflictuel entre l’artiste et le pouvoir, use d’un certain nombre de procédés plastiques et visuels.   LESQUELS ?

EXPOSE :

Le style figuratif (on reconnaît l’image d’un magistrat) est volontairement schématique. C’est que l’école picturale retenue par l’auteur est l’école expressionniste. L’Expressionnisme est une forme d’art qui privilégie l’émotion sur la figuration réaliste.

L’arrière-plan d’abord. Un dégradé du sombre vers le rouge, allant de haut en bas, figure clairement la lumière d’un coucher de soleil. Le recours à la peine capitale est en effet symbolisé par un arrière-fond crépusculaire, extrêmement négatif : la peine de mort est une régression.

On reconnaît donc l’image d’un magistrat, notamment à son couvre-chef (qu’on appelle un « mortier »). L’image n’est pourtant pas figurative : elle rappelle de très près (forme du visage, colorisme crépusculaire) un tableau d’Edouard Munch, « Le cri ». La peine de mort est ainsi rapportée à une image de la folie, sujet du tableau de Munch.

Les yeux du « magistrat », exorbités, sont figurés par des cocardes (= insigne portant les couleurs nationales). Lesquelles dénotent que le besoin de tuer est chez lui une sorte d’idée fixe, abusivement assimilée à la morale républicaine bleu-blanc-rouge. Le nez, à peine figuré par deux tirets évoque un crâne, ainsi que l’écartement exagéré des yeux, lui-même monstrueux et peu réaliste.

La forme générale du visage, en entonnoir inversé, est marquée négativement. Elle évoque maigreur et maladie, ainsi qu’un dessèchement de la sensibilité propre à la folie. (En image publicitaire, le triangle pointé vers le bas, très négatif, est généralement banni). Seul le tein rose de la peau du personnage évoque la bonne santé physique, et non morale, santé sans doute conférée par l’abondance de bonne nourriture matérielle, apanage du bien-être de la bourgeoisie bien-pensante.

Enfin, la bouche, verticale, (au lieu d’être horizontale comme dans le monde physique réel) au schématisme rectangulaire, c’est-à-dire contraire à la nature ordinairement marquée par la ligne courbe, dénote la totale insensibilité du personnage, dénoncé comme le type même de l’inhumanité, jusqu’à la folie. La couleur choisie pour l’intérieur de la bouche, le blanc, c’est-à-dire l’impossibilité pour l’artiste de faire choix d’une couleur précise, dénonce le vide de la parole judiciaire, impossible à remplir, sinon par un silence qui signe la désolation.

Pour terminer : le procédé retenu pour la reproduction industrielle du document (procédé « offset ») montre la volonté de produire et reproduire facilement une oeuvre ayant valeur de message, et de mise en garde, destiné au plus grand nombre, à une époque encore très éloignée de 1981 (1978, soit trois ans avant).

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