La Rose et le Réséda
Louis Aragon

Explication :

Pour le titre du poème, « La Rose et le Réséda », il autorise la lecture politique et religieuse du texte. La rose est le symbole du socialisme, et sa couleur rouge évoque irrésistiblement les communistes (dont Aragon fait partie). Le réséda, quant à lui, est la fleur qui représente la droite politique, notamment à travers sa couleur blanche qui est à la fois la couleur de la monarchie française et des catholiques. Au cœur de l’année 1943, la France est presque à terre puisque militairement et moralement défaite par les Allemands – et occupée –, la conjonction de coordination « et » joue pleinement son rôle dans ce titre. Il s’agit d’unir toutes les forces de la nation, les communistes autant que les chrétiens, la gauche et la droite, pour lutter contre l’envahisseur et se libérer de la tyrannie.

C‘est l’histoire de deux résistants (l’un chrétien, l’autre athée) que les envahisseurs font prisonniers (v. 17). Ils sont fusillés le lendemain matin de leur arrestation, « quand vient l’aube cruelle » (v. 21). Deux vers qui reviennent sans cesse comme un refrain (« Celui qui croyait au ciel / Celui qui n’y croyait pas »), une histoire de « belle / Prisonnière » qu’il faut libérer, des mots qui sonnent comme des comptines, proverbes ou extraits de contes populaires… ce poème paraît bien léger.
Pourtant il célèbre le courage des hommes qui réussirent à dépasser leurs petites convictions personnelles de religion et de politique afin d’oeuvrer ensemble pour une noble cause : la libération de la France pendant l’Occupation durant la seconde guerre mondiale. Communistes et catholiques se retrouvèrent en effet pour combattre, pour souffrir et pour mourir ensemble dans l’espoir de jours meilleurs. Louis Aragon leur rend ici un hommage dans ce poème écrit en 1943 alors que lui-même était communiste et clandestin.
Ainsi la « rose », c’est le rouge qui symbolise le communiste anticlérical, celui qui ne croit pas au ciel, c’est-à-dire à Dieu. Le « réséda » est au contraire la couleur blanche qui représente la noblesse.
Ce poème fut publié une première fois en 1943 puis de nouveau en 1944, cette fois avec la dédicace suivante : « A Gabriel Péri et d’Estienne d’Orves comme à Guy Môquet et Gilbert Dru ». Quatre hommes. Deux communistes et deux catholiques. Tous des résistants, tous morts fusillés par les Allemands.  Ces quatre hommes symbolisent l’union des différences et la lutte pour un idéal commun, au-delà des convictions politiques ou religieuses.
Gabriel Péri était député communiste. Il fut fusillé en décembre 1941. Honoré d’Estienne d’Orves était officier de marine et catholique convaincu. Résistant, il fut fusillé en août 1941. Guy Môquet était le fils d’un député communiste. Agé de 17 ans, il fut fusillé en octobre 1941. Gilbert Dru était un résistant lui aussi, et catholique fervent. Il fut fusillé en juillet 1944. Il avait vingt-quatre ans.

Appel au rassemblement pour la liberté, hommage aux résistants emprisonnés et tombés pour la France, ce poème très célèbre est porteur aussi d’espoir : celui de retrouver un jour la joie dans les foyers.
Aragon :
Louis Aragon est né en 1897 et est mort en 1982. Au moment d’écrire ce poème, en 1943, il était donc âgé de 46 ans. Auparavant, il avait déjà combattu pendant la première guerre mondiale. Par conséquent, il connaît bien les horreurs de la guerre comme la solidarité entre soldats. En 1918, âgé de 22 ans, il participa à la création du mouvement surréaliste avec André Breton. Il s’affirma alors comme poète puis s’engagea dans des convictions politiques communistes. Pendant l’Occupation, il devint un poète de la résistance et fut contraint de vivre dans la clandestinité. Publiant sous divers pseudonymes (François La Colère, Arnaud de Saint-Roman), il n’hésita pas alors à revenir à une poésie plus traditionnelle et rimée, s’éloignant de ses recherches stylistiques de sa période surréaliste, afin de délivrer un message fort, facilement compréhensible. En parallèle, il continua aussi d’écrire une poésie lyrique amoureuse pour la femme de sa vie : Elsa Triolet. C’est d’ailleurs ensemble que Louis Aragon et Elsa Triolet constituèrent le Comité National des Ecrivains pour la zone Sud en 1943.

Des Liens :

http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/video/AFE01000681/la-rose-et-le-reseda.fr.html
La Rose et le réséda

A Gabriel Péri et d’Estiennes d’Orves
comme à Guy Moquet et Gilbert Dru
Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Tous deux adoraient la belle 
Prisonnière des soldats

Lequel montait à l’échelle

Et lequel guettait en bas

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Qu’importe comment s’appelle 
Cette clarté sur leur pas

Que l’un fut de la chapelle

Et l’autre s’y dérobât

Celui qui croyait au ciel 
Celui qui n’y croyait pas

Tous les deux étaient fidèles

Des lèvres du coeur des bras

Et tous les deux disaient qu’elle

Vive et qui vivra verra

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Quand les blés sont sous la grêle

Fou qui fait le délicat

Fou qui songe à ses querelles

Au coeur du commun combat

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Du haut de la citadelle

La sentinelle tira

Par deux fois et l’un chancelle

L’autre tombe qui mourra

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Ils sont en prison

Lequel 
A le plus triste grabat

Lequel plus que l’autre gèle

Lequel préfère les rats

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Un rebelle est un rebelle

Deux sanglots font un seul glas

Et quand vient l’aube cruelle

Passent de vie à trépas

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Répétant le nom de celle

Qu’aucun des deux ne trompa

Et leur sang rouge ruisselle

Même couleur même éclat

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Il coule il coule il se mêle

À la terre qu’il aima

Pour qu’à la saison nouvelle

Mûrisse un raisin muscat

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

L’un court et l’autre a des ailes

De Bretagne ou du Jura

Et framboise ou mirabelle

Le grillon rechantera

Dites flûte ou violoncelle

Le double amour qui brûla

L’alouette et l’hirondelle

La rose et le réséda

commentaires
  1. Loren dit :

    Il manque la mise en parallèle avec une autre oeuvre traitant du même sujet !
    Demandée pour l’oral 😊
    Sinon, c’est super.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s