Archives de avril, 2012

Voici un extrait du diaporama de Monsieur Kovacs. Les autres oeuvres étudiées sont visibles en téléchargeant le diaporama complet en fin de page ou ici en rouge: HDA 3

La suite du diaporama:

HDA 3

Napalm

Banksy

 

 

 

Problématique et analyse : Dénoncer ou servir le pouvoir ?Banksy est un artiste anonyme qui dans ses œuvres dénonce des faits politiques et sociaux. Il veut perturber le public avec des images choc en général contre les guerres.

 

Date de création et contexte historique :

Napalm, est une œuvre créée en 1994 par Banksy.  Elle est inspirée par la photographie du journaliste américain Nick Ut prise le 8 juin 1972, lors d’un reportage au Vietnam.

 

HYPERLINK « http://s2.e-monsite.com/2009/11/22/07/resize_550_550/2683722180_small_1.jpg »

Date de création et contexte historique :

Cette photographie est prise sur la route, menant au village de Tran Bang où un bombardement au Napalm a fait plusieurs victimes.

Kim Phuc, une petite Vietnamienne de 9 ans brûlée par le napalm, s’est débarrassée de ses vêtements. Comme les autres personnes brûlées, elle crie atrocement. Nick Ut transporte Kim Phuc  vers un hôpital. Après 14 mois de soins et 17 opérations chirurgicales, s’en est sorti. Elle vit maintenant au Canada avec ses 2 enfants.

Contexte historique : De 1960 à 1975 les Etats-Unis interviennent au Vietnam dans le cadre de la Guerre froide. Au début, ils apportent une aide matériel aux vietnamiens du Sud contre les Vietnamiens du Nord soutenus par l’URSS et la Chine (Bloc de l’Ouest contre Bloc de l’Est). Cette guerre se termine, pour la première fois, par une défaite des Etats-Unis et l’unification du Vietnam.

Cette guerre est impopulaire aux Etats-Unis, notamment par les bombardements des populations civiles (des femmes, des enfants …). Ainsi, les populations découvrent les atrocités à travers les reportages comme celui de Nick Ut.

Auteur :Né en 1974, Banksy est un artiste mythique de la scène du graffiti qui est anonyme et qui signe toutes ses œuvres avec un pseudonyme.

Il est l’auteur d’un manifeste publié sur son site internet. Banksy serait un artiste du HYPERLINK « http://www.banksy-art.com/street-art.html »Street art (HYPERLINK « http://www.le-graffiti.com/ »Graffiti) originaire de Bristol, en Angleterre. Son art est un mélange d’ironie, d’irrévérence, d’humour et comporte très souvent des messages très clairs comme ses interventions entre Israël et la Palestine. Il est pour la liberté, pour la justice, contre la guerre, la famine et tous les fléaux causés par l’homme.

 

Interprétation de l’œuvre :

L’œuvre de Banksy représente la fameuse photo de la jeune vietnamienne qui vient tout juste d’être brûlée au Napalm. Son village a été bombardé par des avions américains.

Aussi, Banksy  a réalisé un montage en faisant accompagner le personnage central, Kim Phuc, par Ronald  de McDonald et Mickey Mouse.

Mickey Mouse et McDonald sont perçus à travers le monde comme les symboles des Etats-Unis et la réussite du système économique (le capitalisme) des Etats-Unis et son expansion à travers le monde.

Pendant la Guerre froide deux blocs s’opposent et deux systèmes, le capitalisme (bloc de l’Ouest) et le communisme  (bloc de l’Est) s’opposent. Le montage montre que les Etats-Unis utilisent la guerre pour imposer leur système, même contre les peuples (bombardement des villages).

pendant la guerre froide. C’est l’enjeu de cette guerre au Vietnam qui oppose le Vietnam du Sud soutenu par les Etats-Unis et le Vietnam du Nord soutenu par l’URSS.

Ces deux personnages symbolisent également l’intervention des Etats-Unis dans cette guerre pour des enjeux économiques et politiques

Ils dégagent aussi une image attrayante et sympathique (l’ambassadeur de Walt Disney, vendeur de rêve & le Clown du Fast-food, le restaurant pour toutes les classes sociales) en contraste avec le cri d’horreur de la jeune fille brûlée.

 

Rapport à la problématique :Œuvre qui dénonce l’intervention des Etats-Unis au Vietnam entre 1960 et 1975 et les bombardements au napalm des populations civiles.

 

Vocabulaire spécifique :Contraste

 

Prolongement et rapprochement avec d’autres œuvres artistiques :S’est inspiré d’Ernest Pignon-Ernest artiste travaillant in situ (sur le site, en créant une relation avec le décor, l’espace environnant).

 

Autre : Sources site internet Banksy

http://www.banksy-art.com/art-banksy.html

Ici Banksy représente la colombe de la paix avec un gilet pare-balles. Une cible peinte en rouge est représentée sur son ventre. On peut rapprocher cette colombe de celle peinte par Picasso dans Guernica, poignardée avec un couteau.

 

RENAUD – « Déserteur »

Monsieur le président
Je vous fais une bafouille
Que vous lirez sûrement
Si vous avez des couilles
Je viens de recevoir
Un coup d’fil de mes vieux
Pour m’prévenir qu’les gendarmes
S’étaient pointés chez eux
J’ose pas imaginer
C’que leur a dit mon père
Lui, les flics, les curés
Et pis les militaires
Les a vraiment dans l’nez
P’t-être encore plus que moi
Dès qu’il peut en bouffer
L’vieil anar’ y s’gêne pas
L’vieil anar’ y s’gêne pas

Alors y parait qu’on m’cherche
Qu’la France a besoin d’moi
C’est con, j’suis en Ardèche
Y fait beau, tu crois pas
J’suis là avec des potes
Des écolos marrants
On a une vieille bicoque
On la retape tranquillement
On fait pousser des chèvres
On fabrique des bijoux
On peut pas dire qu’on s’crève
L’travail, c’est pas pour nous
On a des plantations
Pas énormes, trois hectares
D’une herbe qui rend moins con
Non, c’est pas du ricard
Non, c’est pas du ricard

Monsieur le président
Je suis un déserteur
De ton armée de glands
De ton troupeau d’branleurs
Ils auront pas ma peau
Toucheront pas à mes cheveux
J’saluerai pas l’drapeau
J’marcherai pas comme les bœufs
J’irai pas en Allemagne
Faire le con pendant douze mois
Dans une caserne infâme
Avec des plus cons qu’moi
J’aime pas recevoir des ordres
J’aime pas me lever tôt
J’aime pas **************
Plus souvent qu’il ne faut
Plus souvent qu’il ne faut

Puis surtout c’qui m’déplait
C’est que j’aime pas la guerre
Et qui c’est qui la fait
Ben c’est les militaires

Ils sont nuls, ils sont moches
Et pis ils sont teigneux
Maintenant j’vais t’dire pourquoi
J’veux jamais être comme eux
Quand les Russes, les Ricains
Feront péter la planète
Moi, j’aurais l’air malin
Avec ma bicyclette
Mon pantalon trop court
Mon fusil, mon calot
Ma ration d’topinambour
Et ma ligne Maginot
Et ma ligne Maginot

Alors me gonfle pas
Ni moi, ni tous mes potes
Je serai jamais soldat
J’aime pas les bruits de bottes
T’as plus qu’a pas t’en faire
Et construire tranquilos
Tes centrales nucléaire
Tes sous-marins craignos
Mais va pas t’imaginer
Monsieur le président
Que j’suis manipulé
Par les rouges ou les blancs
Je n’suis qu’un militant
Du parti des oiseaux
Des baleines, des enfants
De la terre et de l’eau
De la terre et de l’eau

Monsieur le président
Pour finir ma bafouille
J’voulais t’dire simplement
Ce soir on fait des nouilles
A la ferme c’est l’panard
Si tu veux, viens bouffer
On fumera un pétard
Et on pourra causer
On fumera un pétard
Et on pourra causer

http://www.dailymotion.com/video/x4c5nk_renaud-deserteur_music

La chanson de Renaud peut-être étudiée seule ou en comparaison avec celle de Boris Vian (« Le Déserteur »), comme nous l’avons fait en classe.

 

 

L’auteur et le contexte

 

Renaud Séchan, dit Renaud, est un auteur, compositeur et chanteur français. Il est né à Paris en 1952. Il s’est très vite fâché avec l’école, c’était un élève indiscipliné, refusant l’autorité. Son père était lui-même un anarchiste et il lui avait inculqué la méfiance envers les forces de police, les militaires et l’ordre en général. Cela ressort bien de la chanson « Déserteur ». Renaud a notamment participé à mai 68 et a occupé la Sorbonne avec d’autres étudiants.  Il sort son premier album en 1975, celui-ci est empreint des idées révolutionnaires de 68 et le jeune chanteur y exprime son raz-le-bol de la société, à travers le verlan qui est son signe de fabrique; il devient le porte-parole de la jeunesse. Ce qui ne plaît pas à tout le monde …

« Déserteur » est enregistré sur l’album « Morgane de toi » qui est sorti en 1983, François Mitterand est alors Président de la République et la Guerre Froide fait trembler le monde.

 

Problématique : comment Renaud, à travers sa chanson, en refusant de s’engager dans l’armée, s’engage-t-il contre l’État Français et le monde militaire?

 

I – La situation d’énonciation et la forme du texte

 

ñ La chanson de Renaud a la forme d’une lettre ouverte : le chanteur s’adresse à « Monsieur le Président », c’est-à-dire au Président de la République. Il s’adresse à lui d’abord à travers le pronom « vous », puis utilise ensuite le tutoiement, ce qui montre le côté provocateur et irrespectueux du chanteur qui finit, dans la dernière strophe, par s’adresser au Président comme si c’était un « pote » de sa bande, l’invitant à manger des « nouilles » et à fumer un « pétard ».

ñ Le début de la chanson de Renaud s’inspire de celle de Boris Vian « Le Déserteur » à qui il rend hommage. Renaud reprend les premiers vers de texte de Vian mais dans un langage beaucoup plus familier, voire vulgaire, toujours avec cette volonté de provoquer et de s’opposer à l’autorité, mais aussi peut-être, pour toucher un public plus large et parler davantage aux jeunes.

ñ La chanson est composée de 6 strophes, 5 de 17 vers et 1 de 10 vers, les vers sont majoritairement des hexamètres et les rimes sont croisées. Chaque dernier vers des strophes est répété, ce qui sert de refrain, car il n’ y en a pas de véritable. Le rythme de la chanson est lent et permet de développer longuement l’objet de la lettre : le chanteur annonce qu’il refuse de s’engager dans l’armée.

 

II – Le refus de s’engager dans l’armée : un engagement.

 

ñ A travers son refus de s’engager dans l’armée, Renaud critique le service militaire dans la strophe 3. Il argumente en décrivant les conditions du service : il ne veut pas vivre dans « une caserne infâme », il n’aime pas « se lever tôt », « recevoir des ordres », le service dure trop longtemps « douze mois » et l’éloignerai de chez lui (« J’irai pas en Allemagne »). Son refus est souligné par l’utilisation répétée de la négation («  J’saluerai pas l’drapeau / J’marcherai pas comme les bœufs/ J’irai pas en Allemagne »)

ñ Renaud donne aussi une image négative des militaires, il utilise de nombreux termes familiers et argotiques, très péjoratifs, pour les désigner (« glands », « branleurs »), il énumère  leurs défauts dans la strophe 4 (« Ils sont nuls, ils sont moches
Et pis ils sont teigneux »). Dans cette même strophe, il les accuse d’être responsables des guerres et souligne notamment leur rôle dans la Guerre Froide qui, si elle ne cesse pas, détruira la planète sans que rien ne puisse y résister, comme le souligne la référence à la « ligne Maginot ».

ñ Enfin, dans la strophe suivante, toujours dans le contexte de la guerre froide, Renaud critique la course à l’armement nucléaire. Il y oppose une démarche écologiste à travers  l’énumération de termes appartenant au champ lexical de la nature («  Je n’suis qu’un militant / Du parti des oiseaux /Des baleines, des enfants/ De la terre et de l’eau
De la terre et de l’eau »).

ñ Renaud prône donc un idéal de vie pacifiste à l’opposé du caractère belliqueux des militaires : dans la strophe 2, il avoue avoir déserté pour vivre avec des amis écologistes  en Ardèche où l’on travaille peut, où l’on se contente de vivre de ce que l’on cultive, comme des hippies.

 

 

 

Paul Eluard – Liberté

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nomSur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nomSur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désirs
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté.

L’auteur et le contexte de l’œuvre

 

Paul Eluard (pseudonyme de Paul-Eugène Grindel) est un poète français né à Paris en 1895, il arrête ses études à l’âge de 16 ans et ses premiers poèmes, inspirés par la femme qu’il aime, Gala, paraissent en 1913. Il rejoint le mouvement surréaliste dont la poésie a pour but de retranscrire la parole enfouie au fond de l’inconscient, du rêve et du désir.

Eluard ne sera pas épargné par la guerre, il en connaîtra l’horreur, comme infirmier lors de la première guerre mondiale et sera même gazé. Il s’orientera alors vers un militantisme actif où prône la solidarité humaine : lutte contre le fascisme, adhésion au parti communiste en 1942. Il devient un des grands poètes de la Résistance. Il mourra en 1952.

Le poème « Liberté » est représentatif de l’engagement d’Eluard contre la guerre et l’oppression. Il appartient au recueil Poésie et Vérité,  publié clandestinement en 1942 et qui contient de nombreux poèmes d’espoir et de lutte. Le poème « Liberté » a même été parachuté par les avions anglais au-dessus des maquis.

Problématique : comment, à travers ce message d’espoir qu’est le poème « Liberté », Paul Eluard s’engage-t-il contre le pouvoir en place ?

I- Situation d’énonciation et structure du poème

 

ñ Dans ce poème le poète (« je ») s’adresse à la Liberté (« ton nom ») mais on ne le découvre qu’à la fin du texte. On a donc d’abord l’impression qu’il s’adresse à une personne réelle, la Liberté est alors allégorisée (à l’origine, Eluard avait d’ailleurs écrit le texte pour la femme qu’il aimait).

ñ Le poème est composé de 14 quatrains dont 13 sont construits sur le même modèle : 3 heptamètres avec l’anaphore de « sur » et un tétramètre « J’écris ton nom » répété à la fin de chaque quatrain, comme un refrain. Ces anaphores et ces répétitions créent un effet de litanie, le poème devient  une sorte de prière sacrée et surtout il est plus facilement mémorisable, permettant ainsi une diffusion plus facile au sein de la Résistance et détournant ainsi la censure nazie.

ñ Le dernier quatrain conclut le poème et dévoile à qui le poète s’adresse. Le mot « Liberté » est détaché à la fin du poème, il est ainsi mis en valeur et apparaît comme une valeur suprême.

II – La poésie des images et le pouvoir des mots

 

ñ Ce poème s’inscrit dans le mouvement surréaliste, il fait donc appel à de nombreuses images qui associent des mots qui n’ont pas de lien logique entre eux (« Sur l’étang soleil moisi », « Sur tous mes chiffons d’azur » etc). Ces images sont présentées sous la forme d’une énumération soutenue par l’anaphore du mot « sur », mais sans ponctuation, c’est une autre caractéristique de l’écriture surréaliste.

ñ Cette énumération d’images montre la multitude des supports sur lesquels le poète peut écrire le mot « Liberté ». Des supports concrets  comme des objets, la nature, des parties du corps (« cahier d’écolier », « Sur la jungle et le désert »), ou abstraits comme les sentiments (« Sur l’absence sans désirs »). Le poète veut ainsi montrer aux Résistants que même si leur pays est occupé par l’ennemi, la Liberté est présente partout, elle surpasse tout, même les choses négatives comme la solitude, le désespoir et la mort (« Sur la solitude nue / Sur les marches de la mort »).

ñ Le poète a donc pour mission de délivrer un message d’espoir, en montrant, grâce à sa poésie et au pouvoir de la parole poétique, que la Liberté est bien là, il invite les Résistants à poursuivre la lutte, c’est ce que résume le dernier quatrain.

Le chant des partisans
Paroles de Maurice Druon et Joseph Kessel
 Musique de Anna Marly

Ami entends-tu

Le vol noir des corbeaux

Sur nos plaines.

Ami entends-tu

Les cris sourds du pays

Qu’on enchaîne,

Ohé partisans

Ouvriers et paysans

C’est l’alarme!

Ce soir l’ennemi

Connaîtra le prix du sang

Et des larmes…

Montez de la mine,

Descendez des collines,

Camarades.

Sortez de la paille

Les fusils, la mitraille,

Les grenades.

Ohé! les tueurs

A la balle et au couteau

Tuez vite!

Ohé! saboteurs

Attention à ton fardeau…

Dynamite…

C’est nous qui brisons

Les barreaux des prisons

Pour nos frères.

La haine à nos trousses

Et la faim qui nous pousse,

La misère.

Il y a des pays

Où les gens au creux des lits

Font des rêves.

Ici, nous vois-tu

Nous on marche et nous on tue

Nous on crève…

Ici, chacun sait

Ce qu’il veut, ce qu’il fait

Quand il passe

Ami, si tu tombes,

Un ami sort de l’ombre

A ta place.

Demain du sang noir

Séchera au grand soleil

Sur les routes.

Chantez compagnons,

Dans la nuit, la liberté

Nous écoute…

Ami, entends-tu

Les cris sourds du pays qu’on

Enchaîne!…

Ami, entends-tu

Le vol noir des corbeaux sur nos

Plaines !…

Quelques informations :

Le Chant des partisans est l’hymne de la Résistance Française (et même européenne) durant l’occupation allemande, pendant la Seconde Guerre Mondiale. « La Marseillaise de la Résistance », fut créé en 1943 à Londres. 

    A Londres, où se retrouvent de nombreux responsables de la Résistance, tels que Fernand Grenier, Emmanuel d’Astier de la Vigerie dit « Bernard », on souhaite créer un chant de la Résistance. « On ne gagne la guerre qu’avec des chansons… Il faut un chant qui ait l’air de venir des maquis », dit Emmanuel d’Astier de la Vigerie. Plus qu’un chant des maquis, il deviendra un appel à la lutte fraternelle pour la liberté.

    L’idée et l’ébauche de la mélodie du Chant des Partisans sont de la chanteuse et compositrice Anna Marly qui le créa au début de l’année 1943. Joseph Kessel et son neveu, Maurice Druon, tous deux hommes de droite et tous deux futurs académiciens, en remanièrent les paroles le 30 mai, et c’est la sœur de Jean Sablon, Germaine, qui l’amena à sa forme finale et en fit un succès.

    Largué par la Royal Air Force sur la France occupée, et écouté clandestinement, ce succès se répandit immédiatement tant en France qu’ailleurs dans les milieux de la Résistance. Chanté à voix basse, sifflé sourdement, le Chant des Partisans évoque la chape de plomb qui s’est abattue sur le pays occupé, la censure, les souffles et murmures de la clandestinité, la nuit où des ombres furtives collent des affiches, sabotent les voies ferrées, se glissent dans les maquis, se cachent loin des poteaux d’exécutions . Mais l’âpreté des paroles en dit long sur la lutte implacable des maquisards et des combattants de l’ombre, sur le nécessaire recours aux armes, sur les risques de chaque minute. Hymne de la Résistance, « Le Chant des Partisans » est aussi un appel à la lutte fraternelle pour la liberté : « C’est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères ; la certitude que le combat n’est jamais vain « si tu tombes, un ami sort de l’ombre ». Et si la fin de ce chant semble absorbée par la nuit et se perdre, c’est que la nuit est l’heure de tous les rêves, à commencer par le rêve d’une liberté à conquérir éternellement.
Le succès de cette chanson se prolongea dans de nombreuses interprétations ultérieures dont celle d’Yves Montand est la plus célèbre. Ce chant de la fraternité est repris jusqu’à aujourd’hui. Outre Germaine Sablon, Armand Mestral, Marc Ogeret, Yves Montand, Jean Ferrat, Johnny Hallyday et Jean-Louis Murat ont interprété cette chanson que le groupe Zebda a également adaptée sous le nom de Motivés. La génération des 20-30 ans se le réapproprie, sur un rythme au goût du jour, sans pour autant en changer un seul mot, dans son combat contre la xénophobie…Ce n’est pas un hasard : « ami, entends-tu…  » est un chant de fraternité, de combat contre les forces de la nuit, un appel intemporel à résister . La Fédération Nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes tient donc à ce que son histoire soit connue.

Des Liens :

http://jlhuss.blog.lemonde.fr/2009/04/15/le-chant-des-partisans/
http://collegedeconinck.fr/spip/spip.php?article456


http://french-chanson.narod.ru/chant.html
http://tempsreel.nouvelobs.com/culture/20090415.OBS3385/le-chant-des-partisans-par-yves-montand-anna-marly-zebda.html

La Rose et le Réséda
Louis Aragon

Explication :

Pour le titre du poème, « La Rose et le Réséda », il autorise la lecture politique et religieuse du texte. La rose est le symbole du socialisme, et sa couleur rouge évoque irrésistiblement les communistes (dont Aragon fait partie). Le réséda, quant à lui, est la fleur qui représente la droite politique, notamment à travers sa couleur blanche qui est à la fois la couleur de la monarchie française et des catholiques. Au cœur de l’année 1943, la France est presque à terre puisque militairement et moralement défaite par les Allemands – et occupée –, la conjonction de coordination « et » joue pleinement son rôle dans ce titre. Il s’agit d’unir toutes les forces de la nation, les communistes autant que les chrétiens, la gauche et la droite, pour lutter contre l’envahisseur et se libérer de la tyrannie.

C‘est l’histoire de deux résistants (l’un chrétien, l’autre athée) que les envahisseurs font prisonniers (v. 17). Ils sont fusillés le lendemain matin de leur arrestation, « quand vient l’aube cruelle » (v. 21). Deux vers qui reviennent sans cesse comme un refrain (« Celui qui croyait au ciel / Celui qui n’y croyait pas »), une histoire de « belle / Prisonnière » qu’il faut libérer, des mots qui sonnent comme des comptines, proverbes ou extraits de contes populaires… ce poème paraît bien léger.
Pourtant il célèbre le courage des hommes qui réussirent à dépasser leurs petites convictions personnelles de religion et de politique afin d’oeuvrer ensemble pour une noble cause : la libération de la France pendant l’Occupation durant la seconde guerre mondiale. Communistes et catholiques se retrouvèrent en effet pour combattre, pour souffrir et pour mourir ensemble dans l’espoir de jours meilleurs. Louis Aragon leur rend ici un hommage dans ce poème écrit en 1943 alors que lui-même était communiste et clandestin.
Ainsi la « rose », c’est le rouge qui symbolise le communiste anticlérical, celui qui ne croit pas au ciel, c’est-à-dire à Dieu. Le « réséda » est au contraire la couleur blanche qui représente la noblesse.
Ce poème fut publié une première fois en 1943 puis de nouveau en 1944, cette fois avec la dédicace suivante : « A Gabriel Péri et d’Estienne d’Orves comme à Guy Môquet et Gilbert Dru ». Quatre hommes. Deux communistes et deux catholiques. Tous des résistants, tous morts fusillés par les Allemands.  Ces quatre hommes symbolisent l’union des différences et la lutte pour un idéal commun, au-delà des convictions politiques ou religieuses.
Gabriel Péri était député communiste. Il fut fusillé en décembre 1941. Honoré d’Estienne d’Orves était officier de marine et catholique convaincu. Résistant, il fut fusillé en août 1941. Guy Môquet était le fils d’un député communiste. Agé de 17 ans, il fut fusillé en octobre 1941. Gilbert Dru était un résistant lui aussi, et catholique fervent. Il fut fusillé en juillet 1944. Il avait vingt-quatre ans.

Appel au rassemblement pour la liberté, hommage aux résistants emprisonnés et tombés pour la France, ce poème très célèbre est porteur aussi d’espoir : celui de retrouver un jour la joie dans les foyers.
Aragon :
Louis Aragon est né en 1897 et est mort en 1982. Au moment d’écrire ce poème, en 1943, il était donc âgé de 46 ans. Auparavant, il avait déjà combattu pendant la première guerre mondiale. Par conséquent, il connaît bien les horreurs de la guerre comme la solidarité entre soldats. En 1918, âgé de 22 ans, il participa à la création du mouvement surréaliste avec André Breton. Il s’affirma alors comme poète puis s’engagea dans des convictions politiques communistes. Pendant l’Occupation, il devint un poète de la résistance et fut contraint de vivre dans la clandestinité. Publiant sous divers pseudonymes (François La Colère, Arnaud de Saint-Roman), il n’hésita pas alors à revenir à une poésie plus traditionnelle et rimée, s’éloignant de ses recherches stylistiques de sa période surréaliste, afin de délivrer un message fort, facilement compréhensible. En parallèle, il continua aussi d’écrire une poésie lyrique amoureuse pour la femme de sa vie : Elsa Triolet. C’est d’ailleurs ensemble que Louis Aragon et Elsa Triolet constituèrent le Comité National des Ecrivains pour la zone Sud en 1943.

Des Liens :

http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/video/AFE01000681/la-rose-et-le-reseda.fr.html
La Rose et le réséda

A Gabriel Péri et d’Estiennes d’Orves
comme à Guy Moquet et Gilbert Dru
Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Tous deux adoraient la belle 
Prisonnière des soldats

Lequel montait à l’échelle

Et lequel guettait en bas

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Qu’importe comment s’appelle 
Cette clarté sur leur pas

Que l’un fut de la chapelle

Et l’autre s’y dérobât

Celui qui croyait au ciel 
Celui qui n’y croyait pas

Tous les deux étaient fidèles

Des lèvres du coeur des bras

Et tous les deux disaient qu’elle

Vive et qui vivra verra

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Quand les blés sont sous la grêle

Fou qui fait le délicat

Fou qui songe à ses querelles

Au coeur du commun combat

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Du haut de la citadelle

La sentinelle tira

Par deux fois et l’un chancelle

L’autre tombe qui mourra

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Ils sont en prison

Lequel 
A le plus triste grabat

Lequel plus que l’autre gèle

Lequel préfère les rats

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Un rebelle est un rebelle

Deux sanglots font un seul glas

Et quand vient l’aube cruelle

Passent de vie à trépas

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Répétant le nom de celle

Qu’aucun des deux ne trompa

Et leur sang rouge ruisselle

Même couleur même éclat

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Il coule il coule il se mêle

À la terre qu’il aima

Pour qu’à la saison nouvelle

Mûrisse un raisin muscat

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

L’un court et l’autre a des ailes

De Bretagne ou du Jura

Et framboise ou mirabelle

Le grillon rechantera

Dites flûte ou violoncelle

Le double amour qui brûla

L’alouette et l’hirondelle

La rose et le réséda