Archives de février, 2012

La Demeure du Chaos, Ehrman

Oeuvre qui conteste le pouvoir notamment  les règles et les lois concernant l’urbanisme.

La Demeure du chaos est indéniablement une œuvre d’art. Construite sans autorisation de la commune dans un petit village du département du Rhône, à Saint Romain au Mont d’Or, elle a choqué les habitants qui ont mené des actions de justice pour obtenir sa destruction.

L’artiste est-il au dessus-des lois ? Quel doit être le rôle de l’Etat de la justice protecteurs des arts ?

Parfois la nécessité de l’art exige l’ignorance des lois, leur transgression afin de permettre à l’art de questionner la société dans ses règles et ses limites.

L’artiste devait-il informer la population de ses intentions ? Vu le caractère provocateur de l’œuvre, jamais un tel projet n’aurait vu le jour. Pourtant elle est un témoignage des courants de notre temps. Ce genre de projet, si nous devions compter sur l’adhésion des citoyens, ne verrait jamais le jour. La pyramide du Louvre a choqué au début de son histoire, la tour Eiffel, puis la population s’est emparée de ces édifices et a fini par les accepter. La commune de Saint Romain, conservatrice, s’est révoltée contre la construction de la Demeure du Chaos. Ils appellent à sa destruction.

La justice et l’Etat doivent intervenir, certes pour condamner l’absence d’autorisation préalable lors de son édification afin de faire respecter les règles et la loi, mais aussi aujourd’hui, vu la réaction positive de la communauté artistique, (c’est en effet aujourd’ hui une œuvre reconnue par le monde de l’art), protéger cette demeure comme il se doit.

L’artiste quant à lui a toute une campagne d’information à mener autour de son projet en ayant pour but de le faire accepter. Rien ne se crée sans l’adhésion et la participation active du public. Les générations futures s’empareront peut-être de ce projet grâce à l’éducation mais aussi aux mutations de la jeunesse.

Une œuvre d’art de cet ordre bâtit sa réputation dans le temps. Viendra un jour où le public en pèlerin de l’art contemporain se rendra sur les lieux de la Demeure du Chaos.

C’est le rôle également des amateurs d’art, des enseignants, des exégètes de l’art et de toute la presse de mener une campagne d’information pas seulement sur les lois mais aussi sur les vertus transgressives de l’art comme phénomène agissant sur le préjugés et l’ignorance. C’est en effet une affaire de goût qui est jugée dans cette affaire car à priori, le spectateur non averti n’adhère pas à ce projet.

Pour autant, l’art n’est pas au dessus des lois et l’artiste ne peut pas se comporter en dictateur du regard. Il n’a pas le droit d’imposer son oeuvre et c’est bien le problème de l’architecture. D’un autre côté cette oeuvre pose la question de la liberté d’expression artistique dans le domaine de l’urbanisme.

« A ce jour, Thierry Ehrmann est bel et bien condamné à une remise en état de son domaine. Mais, il ne se plie pas aux injonctions de justice. » (wikipédia, lire l’article sur la demeure du Chaos).

Analyse plastique:

Cette oeuvre est un assemblage géant et monumental d’oeuvres d’art organisées et assemblées dans l’espace de la demeure sur 12 000 m2 de terrain, une oeuvre in situ débordant vers l’extérieur. Ehrman a souhaité que son oeuvre soit un gigantesque musée d’art contemporain. C’est un métissage de toutes les nouvelles formes artistiques, c’est une forme d’urban-art, d’art urbain prenant possession d’une demeure entière. Elle est située à Saint Romain au Mont d’Or, petit village de pierres dorées. Elle est composée de différents objets assemblés: « vestige de météorite, hélicoptère écrasé au sol, squelettes calcinés de voitures, inscriptions géantes peintes sur les murs, les sols et les toits, sculptures menaçantes de ferrailles rouillées, vestiges d’incendies, poutrelles et structures de béton de blockhaus, têtes de mort monumentales dans les arbres » wikipédia

L’oeuvre forme un contraste (couleur, matière, contraste de matériaux, contraste de formes, composé(ville)/décomposé et désorganisé (demeure du chaos) saisissant avec le site environnant de Saint Romain au Mont d’Or. C’est une installation monumentale et un pénétrable géant.

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Berlin 1991

Berlin, 1991

Shimon Attie

 

Problématique et analyse :Dénoncer ou servir le pouvoir ?Shimon Attie dénonce les crimes contre l’humanité, la Shoah
Date de création et contexte historique :1991 dans l’ex quartier juif de Berlin
Auteur :Shimon Attie, Professeur adjoint de l’art, l’Académie d’Art de Berlin, ALLEMAGNE, Né à Los Angeles 
Interprétation de l’œuvre :Shimon Attie à partir des années 1991 a projeté à Berlin des images des années trente dans le quartier juif de la ville. Il a retrouvé les lieux où ces photos avaient été prises et les a projeté in situ. On voit ici un juif dans son échoppe en train de travailler. Il s’intègre parfaitement à l’espace environnement et surgit dans la nuit comme un fantôme venant hanter la mémoire des Allemands. Ceux-ci ont bien accueilli cette œuvre d’art mais au bout d’un certain temps, ont manifesté un sentiment de rejet. (cf Guernica de Picasso).L’image projetée en noir et blanc forme un contraste avec l’espace d’aujourd’hui photographié en couleur. Deux temps se superposent donc celui du présent et celui de la mémoire.Dans la deuxième photographie, on voit une librairie juive avec l’enseigne écrite en hébreu. Un passant regarde la devanture.

Attie s’est inspiré d’Ernest Pignon Ernest dont voici une installation dans des cabines téléphoniques où le personnage est en noir et blanc dans un décor en couleur. C’est pour Ernest Pignon Ernest la représentation du désespoir en noir et blanc, de la solitude qui contrastent avec le monde extérieur en couleur. Ce sont des affiches géantes collées dans des cabines, des reproductions de dessins effectués par l’artiste. Attie s’inspire donc d’Ernest Pignon-Ernest.

Un autre artiste a utilisé ce procédé mais en faisant des montages sur Photoshop. Il s’agit d’Edwig Teeuwisse qui a pris des anciennes photos d’Amsterdam pendant la deuxième guerre mondiale et qui a superposé ces images à des photos actuelles.

Imaginez-vous vous promener en ville et que vous voyez surgir dans la rue une image en noir et blanc des temps passés, vous seriez sûrement interloqués. L’effet est un trompe l’oeil agissant sur et dans la réalité. C’est un contraste de réalité / Virtualité que ces trois artistes mettent en scène. Mais dans les oeuvres de Shimon Attie, la virtualité a bien eu lieu, ce sont de vrais personnages pris en photo à un moment tragique de l’histoire. On peut dire que c’est une mise en abîme du temps et de l’histoire qui opère dans ses réalisations. Ces personnages sont comme des ombres émanant d’un temps passé, des fantômes surgissant d’un ancien temps révolu. Shimon Attie modifie la perception du temps en incrustant dans la réalité des morceaux du passé. Pour lui, l’avenir est dans la mémoire de ce qui a été. Il lutte contre la perte de mémoire, l’amnésie avec ses oeuvres projetées dans les rues de Berlin.

Rapport à la problématique :Il dénonce la shoah et  exhorte la population à la mémoire. C’est une œuvre commémorative.