Paul Eluard – Liberté

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nomSur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nomSur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désirs
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté.

L’auteur et le contexte de l’œuvre

 

Paul Eluard (pseudonyme de Paul-Eugène Grindel) est un poète français né à Paris en 1895, il arrête ses études à l’âge de 16 ans et ses premiers poèmes, inspirés par la femme qu’il aime, Gala, paraissent en 1913. Il rejoint le mouvement surréaliste dont la poésie a pour but de retranscrire la parole enfouie au fond de l’inconscient, du rêve et du désir.

Eluard ne sera pas épargné par la guerre, il en connaîtra l’horreur, comme infirmier lors de la première guerre mondiale et sera même gazé. Il s’orientera alors vers un militantisme actif où prône la solidarité humaine : lutte contre le fascisme, adhésion au parti communiste en 1942. Il devient un des grands poètes de la Résistance. Il mourra en 1952.

Le poème « Liberté » est représentatif de l’engagement d’Eluard contre la guerre et l’oppression. Il appartient au recueil Poésie et Vérité,  publié clandestinement en 1942 et qui contient de nombreux poèmes d’espoir et de lutte. Le poème « Liberté » a même été parachuté par les avions anglais au-dessus des maquis.

Problématique : comment, à travers ce message d’espoir qu’est le poème « Liberté », Paul Eluard s’engage-t-il contre le pouvoir en place ?

I- Situation d’énonciation et structure du poème

 

ñ Dans ce poème le poète (« je ») s’adresse à la Liberté (« ton nom ») mais on ne le découvre qu’à la fin du texte. On a donc d’abord l’impression qu’il s’adresse à une personne réelle, la Liberté est alors allégorisée (à l’origine, Eluard avait d’ailleurs écrit le texte pour la femme qu’il aimait).

ñ Le poème est composé de 14 quatrains dont 13 sont construits sur le même modèle : 3 heptamètres avec l’anaphore de « sur » et un tétramètre « J’écris ton nom » répété à la fin de chaque quatrain, comme un refrain. Ces anaphores et ces répétitions créent un effet de litanie, le poème devient  une sorte de prière sacrée et surtout il est plus facilement mémorisable, permettant ainsi une diffusion plus facile au sein de la Résistance et détournant ainsi la censure nazie.

ñ Le dernier quatrain conclut le poème et dévoile à qui le poète s’adresse. Le mot « Liberté » est détaché à la fin du poème, il est ainsi mis en valeur et apparaît comme une valeur suprême.

II – La poésie des images et le pouvoir des mots

 

ñ Ce poème s’inscrit dans le mouvement surréaliste, il fait donc appel à de nombreuses images qui associent des mots qui n’ont pas de lien logique entre eux (« Sur l’étang soleil moisi », « Sur tous mes chiffons d’azur » etc). Ces images sont présentées sous la forme d’une énumération soutenue par l’anaphore du mot « sur », mais sans ponctuation, c’est une autre caractéristique de l’écriture surréaliste.

ñ Cette énumération d’images montre la multitude des supports sur lesquels le poète peut écrire le mot « Liberté ». Des supports concrets  comme des objets, la nature, des parties du corps (« cahier d’écolier », « Sur la jungle et le désert »), ou abstraits comme les sentiments (« Sur l’absence sans désirs »). Le poète veut ainsi montrer aux Résistants que même si leur pays est occupé par l’ennemi, la Liberté est présente partout, elle surpasse tout, même les choses négatives comme la solitude, le désespoir et la mort (« Sur la solitude nue / Sur les marches de la mort »).

ñ Le poète a donc pour mission de délivrer un message d’espoir, en montrant, grâce à sa poésie et au pouvoir de la parole poétique, que la Liberté est bien là, il invite les Résistants à poursuivre la lutte, c’est ce que résume le dernier quatrain.

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Commentaires
  1. vica12 dit :

    merci beaucoup, ton analyse est parfaite et elle m’a beaucoup aidée

  2. dridri dit :

    merci sa ma aidé

  3. Salomé clique dit :

    Merci beaucoup de ton aide ! Je l’ai choisi comme oeuvre pour mon histoire des arts , je l’avais déjà travailler un peu en classe mais là tu dis tout donc les petites choses qu’on a pas vu et bien maintenant je les ai :D !

  4. La 3ème en galère dit :

    Franchement, cette page m’a bcp aider merci bcp et je tiens à dire que tu as fait du bon boulot et comme pour mon épreuve je dois faire des fiche crois moi … J’ai copier-coller toute ta page ! Merci encore !

    • Il ne faut pas faire un copié collé, je te le conseille car tes professeurs connaissent aussi le site et ce n’est pas la bonne approche pour avoir une bonne note ! Allez, au travail. Courage

  5. l'ecolier dit :

    je croi qu’il y a 21 quatrains par 14 , le poème ci n’est pas en entier

    • le monsieur qui remercie celui qui lui a donner des reponses ;) dit :

      C’est exacte il y en a 21 :
      Liberté:
      Sur mes cahiers d’écolier
      Sur mon pupitre et les arbres
      Sur le sable de neige
      J’écris ton nom

      Sur toutes les pages lues
      Sur toutes les pages blanches
      Pierre sang papier ou cendre
      J’écris ton nom

      Sur les images dorées
      Sur les armes des guerriers
      Sur la couronne des rois
      J’écris ton nom

      Sur la jungle et le désert
      Sur les nids sur les genêts
      Sur l’écho de mon enfance
      J’écris ton nom

      Sur les merveilles des nuits
      Sur le pain blanc des journées
      Sur les saisons fiancées
      J’écris ton nom

      Sur tous mes chiffons d’azur
      Sur l’étang soleil moisi
      Sur le lac lune vivante
      J’écris ton nom

      Sur les champs sur l’horizon
      Sur les ailes des oiseaux
      Et sur le moulin des ombres
      J’écris ton nom

      Sur chaque bouffées d’aurore
      Sur la mer sur les bateaux
      Sur la montagne démente
      J’écris ton nom

      Sur la mousse des nuages
      Sur les sueurs de l’orage
      Sur la pluie épaisse et fade
      J’écris ton nom

      Sur les formes scintillantes
      Sur les cloches des couleurs
      Sur la vérité physique
      J’écris ton nom

      Sur les sentiers éveillés
      Sur les routes déployées
      Sur les places qui débordent
      J’écris ton nom

      Sur la lampe qui s’allume
      Sur la lampe qui s’éteint
      Sur mes raisons réunies
      J’écris ton nom

      Sur le fruit coupé en deux
      Du miroir et de ma chambre
      Sur mon lit coquille vide
      J’écris ton nom

      Sur mon chien gourmand et tendre
      Sur ses oreilles dressées
      Sur sa patte maladroite
      J’écris ton nom

      Sur le tremplin de ma porte
      Sur les objets familiers
      Sur le flot du feu béni
      J’écris ton nom

      Sur toute chair accordée
      Sur le front de mes amis
      Sur chaque main qui se tend
      J’écris ton nom

      Sur la vitre des surprises
      Sur les lèvres attendries
      Bien au-dessus du silence
      J’écris ton nom 

      Sur mes refuges détruits
      Sur mes phares écroulés
      Sur les murs de mon ennui
      J’écris ton nom

      Sur l’absence sans désir
      Sur la solitude nue
      Sur les marches de la mort
      J’écris ton nom

      Sur la santé revenue
      Sur le risque disparu
      Sur l’espoir sans souvenir
      J’écris ton nom

      Et par le pouvoir d’un mot
      Je recommence ma vie
      Je suis né pour te connaître
      Pour te nommer

      Liberté
      Paul Eluard
      in Poésies et vérités, 1942

      voila ;) et je remercie artsplastique pour se formidable resumé assez long quand meme ;)

  6. leeenfieldofwar dit :

    Ca c’est trés bien, c’est complet utile , manque juste le fait que le poéte raconte une vie ( école-> cahiers; adolescence-> fiancées; adulte-> chien fidéle maison) ça m’a vraiement beaucoup aidé

  7. leeenfieldofwar dit :

    {{wink}} normalement, ca fait un smiley

  8. sabrina dit :

    ;);););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););););)

  9. Margotbrune007 dit :

    Il y a 21 quatrains en tout pas 14… A part ça ce site m’a beaucoup aidée pour mon histoire des arts, c’était super : merci !!!

  10. cadhafo dit :

    Svp une oeuvre qu’y s’y réfère merci

  11. Anonyme =) dit :

    Je trouve ce site très bien conçu et je remercie celui qui l’a fait car je l’ai aussi pris en HDA et il me manquais quelques éléments ….

  12. gggt dit :

    il y a 21 quatrains alors fait gaffe

  13. Jujul'intello dit :

    cette analyse est super, j’ajouterai juste quelques mots:
    Au début du poème, il écrit sur ses cahiers d’écoliers, et il finit, dans l’une des dernières strophes, par "sur les marches de la mort". Cela montre une réelle chronologie, insiste sur le fait que sa vie n’est vouée qu’à cela.

  14. îlesdeBretagne dit :

    Merci beaucoup !
    Cet article m’a donné des infos pour compléter ma fiche sur "Liberté" !

  15. liberty dit :

    C’est bien mais il n’y a pas de conclusion, et il n’y a pas l’expression de vos sentiments personnels, ce qui est très dommage…

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