Chant des partisans

Publié: avril 16, 2014 dans 1 arts et pouvoir

Le Chant des partisans HDA (1) télécharger ici le dossier.

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Ten Marylin, Warhol

Publié: avril 13, 2014 dans 2 femmes

10marilyns

 

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Ten Marilyn

 

Andy WARHOL

 

 
Problématique et analyse

L’image de la femme représentée dans cette œuvre est-elle une critique ou une illustration de la société américaine des années 60?

 

Date de création

Série     de 10 portraits créée entre 1963 et 1967 mesurant chacun 91.5×91.5cm.

Il était à la fois amoureux de Marilyn et fasciné par la mort.

Il a commencé une série de portraits de Marilyn Monroe peu de temps après son décès (5 août 1962). Andy Warhol a pris une des photos les plus connues de la star, un portrait au visage radieux réalisé en 1953 pour la promotion du film Niagara. La photo d’origine est en noir et blanc, il la colorie artificiellement pour le reproduire par sérigraphie.

La sérigraphie est un procédé qui consiste à reporter mécaniquement une image sur une toile en la réduisant à ses traits essentiels. L’image est sans détails. La technique permet la reproduction sans fin, toujours la même chose, le principe est ici mécanique.

 Contexte historique  

Aux USA, c’est l’époque de la grande prospérité durant les années 1960
- Développement de la société de consommation : recherche du bien-être matériel et apparition d’immenses supermarchés
- Développement d’une vraie culture populaire de masse à travers les comics, la télévision, la musique
- La consommation, le confort, les loisirs deviennent des valeurs essentielles. C’est ce que l’on appellera l’American way of life que ne cesse de vanter la publicité.

 Contexte artistique  

Le     Pop Art (abréviation de Popular Art) a été créé au milieu des années 1950 en Grande Bretagne.     Il est caractérisé par la société de consommation c’est-à-dire la publicité, la télévision, les magazines ou encore les bandes dessinées.

 

 

Andy WARHOL

De son vrai nom Andrew Warhola.

Est né le 6 août 1928 à Pittsburg aux Etats-Unis.

Est mort à New York le 22 février 1987.

 

A commencé sa carrière comme illustrateur dans la publicité avant de se faire connaitre comme peintre, photographe et réalisateur de films.

 

A été un des pionniers à faire du Pop Art aux Etats-Unis.

 

Thèmes récurrents : la mort, le culte de la célébrité, l’image et son pouvoir au sein de la société de consommation.

 

 

Interprétation de l’œuvre

Ici, il accentue dans Marylin ce qui en fait l’image de la pin-up : les lèvres, le "maquillage" un peu vulgaire des yeux, la blondeur. Les pin-ups, à l’origine, étaient des images érotiques distribuées aux soldats pour remonter le moral des troupes.   Les couleurs utilisées sont vives, jusqu’à saturation.

La couleur du maquillage des paupières est la même que celle du fond de la toile.

Les couleurs sont irréelles par rapport à celle de la carnation humaine : elles sont utilisées pour attirer l’attention, voire choquer l’œil afin qu’il retienne l’image. Parfois les couleurs sont foncées sur certains portraits qui font disparaitre l’image.

Sur certains portraits, le visage de l’actrice ressort bien : ils     se rapprochent le plus de la réalité en termes de couleurs (cheveux, peau)

Sur d’autres, son visage est comme écrasé sous les couleurs, voire sombre.

Par l’assemblage de ces portraits, il révèle la mort de l’image en parallèle avec la mort de la célébrité, la montrant sous des jours fastes, puis obscurs.

En répétant, il rappelle l’omniprésence de M. Monroe dans les médias.

 

Rapport à la problématique

Il voulait reproduire Marilyn Monroe en grande quantité, comme dans une chaine industrielle. Marilyn, célèbre actrice, symbole de beauté, sexy, féminin était un ‘produit’ des années 50-60 : adulée de tous, fantasme des hommes, le moindre film déplaçant des foules. La femme est un objet de désir et une icône.  Marilyn était une femme mais c’était surtout un produit désiré par tous. L’alignement des visages dans certaines œuvres de Warhol fait immédiatement penser à l’étalage des objets dans les supermarchés.

Dans cette série de portraits, il a voulu ‘rabaisser l’art’ et prouver que l’on pouvait en faire un produit de consommation courante et jetable. Elle illustre cette rupture dans l’histoire de l’art : on passe d’un artisanat à une véritable industrie artistique.

Vocabulaire spécifique

Pop Art

Sérigraphie

 

Prolongements et rapprochements avec d’autres œuvres artistiques

A fait d’autres portraits d’autres célébrités : Jackie Kennedy, Elvis Presley, Liz Taylor

D’autres peintures célèbres : La boite à soupe de la marque Campbell, Coca-cola.

Autre

Autres artistes du pop art :

-       Roy Lichtenstein

-       Jasper Johns

 

 
 

 

Aya de Yopougon

Publié: avril 6, 2014 dans 2 femmes
Histoire des Arts

aya planche 1 aya planche 2

 

aya planche 3

Identification de l’œuvreTitre :

Aya de Yopougon, volume 1

 

 

Artiste

Marguerite Abouet : née en 1971 à Abidjan. Après divers métiers, elle publie en 2005 le premier volume d’Aya de Yopougon qui remporte le 1er prix au festival d’Angoulême. Elle a également publié une autre bande-dessinée Akissi, inspiré de souvenirs d’enfance. Fondatrice d’une association qui construit des bibliothèques en Afrique.

 

Clément Oubrerie : né en 1966. C’est un illustrateur d’ouvrages pour la jeunesse. Dessinateur des 6 volumes d’Aya. Il a adapté la série au cinéma en 2013.

 

Date de réalisation : 2005

 

Domaine(s) artistique(s ): 

-Bande-dessinée

-Art du visuel

 

 

 

 

 

 

Problématique :

 

Comment une jeune femme illustre les réalités du monde contemporain ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Description de l’œuvre 

Trois extraits de bande-dessinée, en couleurs.

 

Contexte : L’histoire se passe en Côte d’Ivoire, en Afrique à la fin des années 70. La bande-dessinée met en scène une jeune fille Aya, 19 ans, qui vit à Yopougon, un quartier populaire d’Abidjan. Contrairement à ses amies, qui passent leurs soirées à s’amuser, Aya veut tout faire pour éviter la « destinée » des jeunes femmes africaines : Coiffure, Couture, Chasse au mari…entre autres.

La sage Aya reste chez elle pour étudier et devenir…médecin !

 

 

Ce que je vois : Premier extrait : 6 vignettes sur une planche. Plans rapprochés. Vue de face : maison familiale, milieu social modeste, très peu de choses autour. Mobilier restreint, qui n’est pas mis en valeur : table, chaise, canapé, télévision. Peu de lumière, couleurs sombres, bleu nuit.

L’attention se concentre sur les paroles des personnages. Discussion entre le père Ignace et sa fille Aya concernant ses études, son avenir. Aya veut devenir médecin, son père n’est pas d’accord. Pour lui les filles ne sont pas faites pour les études longues.

 

Second extrait : Changement de lieu : Chez le patron d’Ignace. Une vignette à gauche occupe tout l’espace de la planche, puis 5 vignettes sur l’autre planche. 1ere vignette plan d’ensemble, vue : plongée. Maison domine, écrasante. Couleurs vives et lumineuses : rose et jaune. Couleurs chaudes. Le jaune rappelle l’or, la richesse que l’on retrouve dans les autres vignettes : les beaux vêtements, espace très grand, de beaux meubles, beaucoup de lumière. Le patron est très riche.

 

Troisième extrait : Conversation entre Ignace et son patron au sujet de l’avenir de leurs enfants. Leurs opinons divergent. Nous apprenons que le patron ne partage pas du tout l’avis d’Ignace à propos des filles et des études. Le patron pense qu’Ignace devrait être fier d’avoir une fille ambitieuse et travailleuse.

 

 

Analyse de l’œuvre 

A travers un support attractif, attrayant, original et sur un ton humoristique, la créatrice de la bande dessinée nous montre un sujet/un thème quotidien du monde contemporain. Ici en Afrique, il s’agit des préjugés concernant les études et le mariage des jeunes filles.

Aya est une jeune fille qui veut devenir médecin mais son père a déjà prévu un tout autre destin pour elle.

Il prévoit un mariage « arrangé » avec le fils de son patron. Il voit d’un très mauvais œil le fait que sa fille fasse des études après le bac, il dit : « les études longues sont faites pour les hommes ». Aya montre qu’elle a de l’ambition en choisissant un métier comme médecin (de longues études, un métier plutôt masculin à l’époque). Elle cherche à s’émanciper pour ne pas finir comme les autres femmes autour d’elle.

 

Le second extrait montre la suite de l’histoire. Nous voyons que finalement le patron d’Ignace ne partage pas la même opinion sur les études. Pour lui c’est une fierté d’avoir une fille qui a de l’ambition : « bravo Ignace, c’est une fille ambitieuse, c’est rare de nos jours les filles ne pensent qu’à s’amuser ».

L’auteur veut nous montrer que les mentalités peuvent et sont en train de changer. Sur un ton léger et drôle, l’auteur traite un sujet sérieux et montre l’optimisme d’une jeune fille ainsi que l’évolution des mentalités.

 

 

 

 

Avertissement

Publié: avril 4, 2014 dans Divers

Des enseignants et élèves ne retrouvent plus leur article. C’est normal. Pour le retrouver, taper les mots clés dans l’onglet recherche et vous le retrouverez aisément.

La colonne brisée, Frida Kahlo

Publié: avril 4, 2014 dans Divers

frida-kahlo-al-colonne-brisee

 

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Fiche 2 Frida Kahlo

HISTOIRE   DES   ARTS   :

 

DOMAINE  DE  COMPETENCE:  ARTS  DU  VISUEL!  ! ! ! 3ème!

THEMATIQUE  :  ARTS  ET  POUVOIRS  /  LES  FEMMES  DANS  L’ART

Dans  le  cadre  de  la  SEQUENCE  II  :  «Récits  d’enfance  et  Ecriture  de  soi»

 

Titre  de  l’oeuvre  :  La  Colonne  brisée

Peintre  :  Frida  KAHLO

Informations
-  Date  de  réalisation  :  1944

-  Nature  de  l’oeuvre  :  peinture

-  Technique  :  Huile  sur  toile

-  Dimension  :  40  x  34  cm

-  Lieu  de  conservation  :  Musée  de  Mexico

Biographie  de  l’artiste
Nom/prénom:  KAHLO  Frida  -  Dates  :  1907-  1954Nationalité:  mexicaine

Frida  Kahlo  est  née  au  Mexique  en  1907.  Elle

décède  d’une  pneumonie  à  l’âge  de  47  ans  en

1954.

 

«   Je   ne   suis   pas   malade.   Je   suis   brisée.   Mais   je   me   sens   heureuse   de   continuer   à

vivre,   tant   qu’il   me   sera   possible   de   peindre.   »

Frida  KAHLO

 

I/  Contexte  de  l’oeuvre  :

 

! Peint  en  1944,  cette  toile  correspond  à  l’époque  où  la  santé  de  l’artiste  se  dégrade.  Depuis

l’accident  de  bus  dans  lequel  elle  fut  très  gravement  blessée  en  1925,  Frida  souffre  de

nombreuses  séquelles.  Son  bassin,  ses  côtes  et  sa  colonne  vertébrale  on  été  cassés.  Ni  ses  longues

périodes  d’alitement,  ni  les  différentes  interventions  chirurgicales  qu’elle  a  subies  ne  la  soulage

durablement  de  ses  douleurs.  A  37  ans  elle  a  dorénavant  besoin  de  porter  à  nouveau  un  corset

orthopédique  pour  soulager  sa  colonne  et  ce  pendant  cinq  mois.  C’est  son  énième  corset…  Cette

fois  il  est  en  métal  et  non  en  plâtre.  Il  lui  reste  dix  années  de  souffrances  insoutenables  à

endurer  avant  sa  mort.

En  plus  de  cette  souffrance  physique,  Frida  Kahlo  souffre  moralement  depuis  son  mariage  en  1929

des  infidélités  répétées  de  son  époux  Diego  Rivera.  Marié,  divorcé  puis  marié  à  nouveau,  le  couple

se  déchire.

 

 

II/  Description  du  tableau

 

Description

! Le  tableau  représente  Frida  Kahlo  debout,  avec  le  corps  fendu  et  ouvert  pour  que  l’on

puisse  bien  voir  ce  qui  se  passe  à  l’intérieur.

Son  buste  est  retenu  par  un  corset  de  fer  qui  semble  l’empêcher  de  se  briser.

La  colonne  que  nous  voyons  dans  la  fente  est  une  colonne  ionique  (colonne  qui,  dans  l’Antiquité,

soutenait  les  monuments)  qui  représente  la  colonne  vertébrale.  Elle  est  brisée  à  six  endroits.

Le  personnage  est  nu  sous  le  corset.  Un  voilage  cache  la  partie  basse  de  son  corps.  Il  y  a  des

clous  un  peu  partout  sur  son  corps  :  on  peut  en  dénombrer  cinquante-six.

Ses  longs  cheveux  noirs  et  ses  sourcils  épais  mettent  en  valeur  ses  yeux  desquels  sortent  des

larmes  qui  inondent  son  visage.

! L’arrière-plan  est  composé  d’un  champ  et  du  ciel.  Les  couleurs  sont  sombres  et  se

confondent  presque.  Le  champ  est  lui-aussi  fendu  à  plusieurs  endroits,  il  est  désertique.  Le

personnage  est  peint  avec  des  couleurs  plus  vives  et  plus  chaudes  :  le  blanc  du  corset  et  du  drap,

le  beige  de  la  peau.  La  lumière  semble  venir  du  personnage  lui-même.

 

 

Analyse  formelle

! Le  tableau  est  composé  de  deux  plans  :  au  premier  plan,  Frida,  et  au  second  le  champ  et  le

ciel.

Le  personnage  est  au  centre,  il  prend  presque  toute  la  place.  Il  y  a  des  lignes  horizontales  au

second  plan,  avec  la  ligne  d’horizon  (démarcation  entre  le  ciel  et  le  champ)  et  les  fentes  dans  le

champ,  et  au  premier  plan  avec  les  quatre  lanières  blanches  du  corset.  Perpendiculairement,  il  y  a

également  des  lignes  verticales  avec  la  colonne,  les  deux  lanières  du  corset  sur  les  épaules  et  la

ligne  de  clous  qui  descend  le  long  de  ses  bras  et  jusqu’à  sa  jambe  droite.  Le  tableau  est  donc

équilibré et ordonné puisque la construction présente des lignes relativement droites et

perpendiculaires.

 

III/  Analyse  de  l’oeuvre

 

! Frida  Kahlo  présente  dans  ce  tableau  une  véritable  mise  à  nu  de  ses  souffrances  et  de  ses

sentiments.  Les  larmes  et  les  clous  symbolisent  cette  souffrance  et  cette  douleur.

! "La  colonne  brisée"  témoigne  évidemment  de  l’accident  qu’elle  subit  à  18  ans  et  des

souffrances  qu’elle  endure  depuis.  Le  choix  d’une  colonne  ionique  pour  représenter  la  colonne

vertébrale  est  symbolique  :  au-delà  de  similitude  des  termes,  la  colonne  ionique  servait  à  soutenir

les  monuments,  si  elle  se  cassait,  les  bâtiments  tombaient  également.  Frida  a  donc  voulu  montrer

que,  sa  colonne  vertébrale  étant  cassée,  sans  son  corset  elle  ne  pourrait  pas  tenir  et  elle

s’effondrait  elle  aussi.

Elle  dévoile  les  blessures  de  son  corps  en  même  temps  qu’elle  dévoile  celles  de  son  âme,  l’artiste

est  blessée  par  les  nombreuses  infidélités  de  son  époux.

! Malgré  ses  souffrances  physiques  et  morales,  Frida  reste  tête  droite,  le  regard  fier.

Soutenue  par  son  corset  elle  traverse  dignement  cet  immense  terre  de  solitude  et  d’abandon,

symbolisé  par  le  désert  à  l’arrière  plan.  On  peut  voir  également  dans  ce  paysage  le  symbole  de

l’infertilité  de  l’artiste.  Frida  ne  peut  plus  avoir  d’enfant  après  son  accident.

En  parallèle,  on  peut  voir  que  sa  féminité  est  mise  en  valeur  par  ses  seins  nus.  Elle  s’est

représentée  dotée  d’une  poitrine  séduisante  qui  contraste  avec  l’aspect  terrible  de  sa  plaie

ouverte.  Elle  veut  montrer  qu’elle  reste  femme  malgré  tout.

Enfin,  le  drap  blanc  qu’elle  porte  autour  des  hanches  fait  penser  au  saint  suaire  que  le  Christ

portait  sur  le  chemin  du  calvaire  et  qui  fut  attaché  à  la  croix  avec  des  clous  semblables  à  ceux

qui  transpercent  Fri

Atteinte  de  poliomyélite  à  l’âge  de  10  ans  puis

victime  d’un  très  grave  accident  de  circulation

entre  un  autobus  et  un  tramway  en  1925,  sa  vie

et  sa  création  artistique  seront  marquées  par

les     séquelles     de     ces     deux     événements.  Elle

commencera  à  peindre  à  l’hôpital  ,  un  miroir  au-

dessus  de  son  lit  lui  permet  de  se  voir.  Tout  au

long     de     sa     vie,     elle     subira     de     nombreuses

opérations  et  devra  porter  un  corset.

En     1928     elle     s’inscrit     au     parti     communiste

mexicain     et     milite     pour     l’émancipation     des

femmes  mexicaines.  En  1929,  elle  épouse  Diego

Rivera,  un  grand  peintre  mexicain.  Leur  histoire

amoureuse  très  tumultueuse  inspirera  aussi  un

très  grand  nombre  de  ses  peintures.

 

 

 

 

Inconnu à cette adresse

Publié: avril 4, 2014 dans 1 arts et pouvoir

DOMAINE DE COMPETENCE: ARTS DU LANGAGE / ARTS DU VISUEL 3ème THEMATIQUE : ARTS ET POUVOIR
Dans le cadre de la SEQUENCE III : «Littérature et témoignage»/ Lecture cursive

HISTOIRE DES ARTS :

 « Le roman épistolaire au service de la dénonciation »

Inconnu à cette adresse, K. Kressmann-Taylor (1938).

 

PROBLEMATIQUE :

Comment une œuvre fictionnelle épistolaire peut dénoncer et mettre en garde contre un régime totalitaire ?

 

I/ Petite biographie de l’auteur.

Nom: Kathrine Kressmann Taylor.

Dates: 1903-1993.

Nationalité : américaine, d’origine allemande.

Métier : journaliste écrivaine.

 

II/Pourquoi avoir écrit Inconnu à cette adresse ?

Deux évènements expliquent l’écriture de cette œuvre :

1)     Un soir, Elliot Taylor rapporte à son épouse Kathrine  une coupure de journal racontant l’histoire d’étudiants californiens qui, après leur séjour d’un an en Allemagne, se sont moqués d’Hitler dans les lettres qu’ils ont écrites à leurs correspondants; aussitôt, ces derniers leur ont demandé de cesser ces courriers qui les mettaient en danger. Kathrine Kressmann-Taylor a trouvé le sujet de son livre.

 

2)    Effarée par l’attitude d’amis allemands, devenus rapidement hermétiques à toute critique envers Hitler, Kathrine est déterminée à réagir et à alerter l’opinion publique américaine :

« Comment une telle chose avait-elle pu arriver ? Qu’est-ce qui avait pu changer ainsi leur cœur ? Telles étaient alors les questions que je me posais. Et qui me hantèrent longtemps. (…) Ce qui m’inquiétait le plus, c’était qu’ici personne n’était conscient de ce qui se passait en Allemagne et que personne ne semblait s’en soucier. »

Elle veut amener les USA à s’intéresser à ce qui se passe en Allemagne, leur faire prendre conscience du danger qui guette l’Europe et leur montrer « ce que les nazis [font] et ce qui arrive à des gens ordinaires quand ils sont saisis et emportés par une idéologie. »

 

III/ Pourquoi un récit épistolaire ?

Plusieurs raisons peuvent être avancées :

-       ce qui provoque l’écriture de cette nouvelle est l’échange de lettres entre des Californiens et leurs correspondants  allemands, l’auteur reprend la même situation : un Américain, un Allemand et un échange de lettres.

-       ce récit est une fiction, même s’il s’inspire de faits réels et historiques, lui donner un aspect épistolaire le rend plus vraisemblable, plus authentique. Cela atténue la distance qui peut parfois exister entre le lecteur et ce qui est ressenti, vécu ou dit par un personnage et ainsi plus l’émouvoir, l’interpeler; le choquer.

-       le changement d’énonciateurs (une fois Max, une fois Martin, etc…) permet de donner divers points de vues sur les mêmes événements (inquiétude de l’un et rapidement enthousiasme de l’autre, par exemple) et de montrer leur divergence (opposition).

-       l’auteur veut alerter l’opinion publique américaine, peu concernée par ce qui se passe en Europe. La distance géographique et « amicale » qui existe entre les deux personnages symboliserait-elle le manque d’intérêt des Américains pour ce qui se passe en Europe, loin de chez eux ? Max, si inquiet de ce qui se passe en Allemagne et en Europe, serait-il un exemple à suivre pour les Américains ?

-       etc…

IV/ Etude de l’œuvre : Inconnu à cette adresse.

 

Présentation :

Titre : Inconnu à cette adresse.

Auteur: Katrine Kressman Taylor

Date : 1938, aux USA. (1 an avant le déclenchement de la 2nd GM !)

Publication : 1ère publication intégrale dans Story Magazine.

Type : récit épistolaire (par lettres), nouvelle argumentative.

Particularité : adaptation cinématographique, en 1944 par William Cameron Menzies.

Résumé de l’œuvre :

-       Martin Schulse, 49 ans, allemand marié et père de trois garçons, et Max Eisenstein, 50 ans, célibataire de confession juive, sont associés de longue date dans une affaire prospère de commerce de tableaux à San Francisco, la Galerie Schulse-Eisenstein.

-       En 1933, Martin retourne vivre à Munich avec sa famille et échange des lettres régulièrement avec son ami et associé, du 12 novembre 1932 au 3 mars 1934.

-       Tout au long de cette période, on note une évolution :

a) politique : en Allemagne le nazisme croît et progresse. ATTENTION : Hitler n’est encore que le nouveau chancelier d’Allemagne, nommé le 30 janvier 1933; mais, à la suite de l’incendie du Reichstag, il obtient les pleins pouvoirs et instaure un régime totalitaire : le parti nazi devient l’unique parti du pays.

b) dans les liens entre ces deux amis : petit à petit les sujets abordés dans les lettres changent, leurs propos évoluent, ils ne se comprennent plus et Martin demande l’arrêt de cette correspondance.

-       Inquiet pour sa sœur, Griselle, qui vit en Europe, Max demande, plusieurs fois, à Martin de veiller sur elle. Il apprend que celle-ci est morte, exécutée par les SA, après que Martin ait refusé de la cacher chez lui.

-       Max considère Martin comme responsable de la mort de sa sœur. Il décide alors de se venger en poursuivant la correspondance et en y sous-entendant, notamment, que Max est juif. Il veut lui faire vivre les tourments et les peurs qu’a subis sa sœur.

-       La dernière lettre de Max reste sans réponse, seule la mention « Inconnu à cette adresse » figurant sur celle-ci, qui lui est retournée, laisse supposer le pire pour Martin.

 

Quelques thèmes abordés dans l’œuvre:

 

a)    La mise en place du nazisme et ses actions. (quelques exemples)

Lettre de Martin du 25 mars 1933 : mention des sections d’assaut (S.A.) et de l’accession d’Hitler au pouvoir.

Lettre de Max du 18 mai 1933 : mention de « pogrom »

Lettre de Martin du 9 juillet 1933 : mention des jeunesses hitlériennes et de l’instauration de la censure.

Lettre de Martin du 12 février 1934 : mention des premiers camps de concentration destinés aux opposants du nouveau régime.

Câblogramme de Max du 2 janvier 1934 : mention des « peintres non accrédités [1]» et allusion au « spectre[2] » du communisme avec l’éventuel départ pour Moscou.

 

b)   L’adhésion progressive au nazisme et l’antisémitisme. (quelques exemples)

A plusieurs reprises, dans ses lettres, Martin reprend des expressions à connotation nazie et/ou antisémite, témoignant de son adhésion à cette idéologie :

Lettre du 9 juillet 1933 : « La race juive est une plaie ouverte pour toute nation qui lui a donné refuge. »

Lettre du 8 décembre 1933 : « Heil Hitler ! »

ou encore « pouvais-je courir le risque d’être arrêté pour avoir tenté de sauver une Juive et de perdre tout ce que j’avais construit ici? »

ou encore on y apprend qu’Elsa Schulse, sa femme, a mis au monde un petit garçon, un petit Adolf.

ou encore « Je ne tolérerai plus d’être associé d’une manière ou d’une autre avec cette race »

 

c)    La fin d’une amitié. (quelques exemples).

Les premières lettres étaient adressées depuis la galerie Schulse-Eisenstein à destination du château Rantzenburg (le domicile de Martin près de Munich) et vice versa.

La lettre du 09 juillet 1933 est envoyée de la banque où Martin travaille.

Lettre de Martin du 09 juillet 1933 : «Nous devons présentement cesser de nous écrire. » et il signe « Martin Schulse» et non plus « Martin »

Lettre de Max du 05 septembre 1933 : dans l’adresse de l’expéditeur, on ne lit plus « Galerie Schulse-Eisenstein » mais « Galerie Eisenstein ».

 

Un titre implicite.

Le titre indique, avant même la lecture du livre, l’absence d’une personne à une adresse donnée. Le lecteur peut alors imaginer diverses explications à cela.

Très rapidement, à travers le texte, il comprend sa réelle signification. Ce titre renvoie à deux passages importants du livre : l’un concernant la sœur de Max et l’autre Martin.

Au sujet de Griselle, Max fait part à Martin dans sa sixième lettre, d’une mention « Inconnue à cette adresse » écrite sur la dernière lettre qu’il avait envoyée à celle-ci. Ces quatre mots en disaient long sur les dangers qu’elle encourait. Elle était peut-être déjà morte. La deuxième fois, les choses se dérouleront exactement de la même manière mais cette fois-ci pour Martin.

 

CCL : Inconnu à cette adresse constitue une mise en garde alarmante et prophétique. Profondément ancrée dans son temps, ce témoignage tragique a plusieurs buts :

-      alerter ses contemporains.

-      Les mettre en garde contre les dangers de l’égoïsme et de l’indifférence

-      dénoncer le régime nazi et les régimes totalitaires,

-      lutter contre le racisme, la haine et l’intolérance

 ANNEXES/TEXTES SUPPORTS.

 

 

Textes à partir desquels les élèves peuvent présenter les thématiques de l’œuvre.(s’ils le souhaitent)

 DEUTSCH-VOELKISCHE BANK UND HANDELSGESELLSCHAFT,

MUNICH, Allemagne

Le 9 juillet 1933

Mr Max Eisenstein

Gallerie Schulse-Eisenstein

San Francisco

Californie, USA

 

 

Cher Max,

Comme tu pourras le constater, je t’écris sur le papier à lettres de ma banque. C’est nécessaire, car j’ai une requête à t’adresser et souhaite éviter la nouvelle censure, qui est des plus strictes. Nous devons présentement cesser de nous écrire. Il devient impossible pour moi de correspondre avec un Juif ; et ce le serait même si je n’avais pas une position officielle à défendre. Si tu as quelque chose d’essentiel à me dire, tu dois le faire par le biais de la banque, au dos de la traite que tu m’envoies, et ne plus jamais m’écrire chez moi.

En ce qui concerne les mesures sévères qui t’affligent tellement, je dois dire que, au début, elles ne me plaisaient pas non plus ; mais j’en suis arrivé à admettre leur douloureuse nécessité. La race Juive est une plaie ouverte pour toute nation qui lui a donné refuge. Je n’ai jamais haï les Juifs en tant qu’individus – toi, par exemple, je t’ai toujours considéré comme mon ami -, mais sache que je parle en toute honnêteté quand j’ajoute que je t’ai sincèrement aimé non à cause de ta race, mais malgré elle.

Le Juif est le bouc émissaire universel. Il doit bien y avoir une raison à cela, (…). Quant aux ennuis juifs actuels, ils ne sont qu’accessoires. Quelque chose de plus important se prépare.

Si seulement je pouvais te montrer – non, t’obliger à constater- la renaissance de l’Allemagne sous l’égide de son vénéré Chef… Un si grand peuple ne pouvait pas rester éternellement sous le joug du reste du monde. Après la défaite, nous avons plié l’échine pendant quatorze ans. Pendant quatorze ans, nous avons mangé le pain amer de la honte et bu le brouet clair de la pauvreté. Mais maintenant, nous sommes des hommes libres. Nous nous redressons, conscients de notre pouvoir ; nous relevons la tête face aux autres nations. Nous purgeons notre sang de ses éléments impurs. C’est en chantant que nous parcourons nos vallées, nos muscles durs vibrent, impatients de s’atteler à un nouveau labeur ; et nos montagnes résonnent des voix de Wotan et Thor, les anciens dieux de la race germanique.

Mais non… Tout en t’écrivant, et en me laissant aller à l’enthousiasme suscité par ces visions si neuves, je me dis que tu ne comprendrais pas à quel point tout cela est nécessaire pour l’Allemagne. Tu ne t’attacheras, je le sais, qu’aux ennuis de ton propre peuple. Tu refuseras de concevoir que quelques-uns doivent souffrir pour que des millions soient sauvés. Tu seras avant tout un Juif qui pleurniche sur son peuple. Cela, je l’admets. C’est conforme au caractère sémite. Vous vous lamentez mais vous n’êtes pas assez courageux pour vous battre en retour. C’est pourquoi il y a des pogroms.

Hélas, Max, tout cela va te blesser, je le sais, mais tu dois accepter la vérité. Parfois, un mouvement est plus important que les hommes qui l’initient. Pour ma part, j’y adhère corps et âme. Heinrich est officier dans un corps de jeunesse, sous les ordres du baron Von Freische. Le nom de ce dernier rehausse encore notre maison car il rend souvent visite à Heinrich et à Elsa, qu’il admire beaucoup. Quant à moi, je suis débordé de travail. Elsa ne s’intéresse guère à la politique ; elle se contente d’adorer notre noble Chef. Elle se fatigue vite, ce dernier mois. Cela peut signifier que le bébé arrivera plus tôt que prévu. Ce sera mieux pour elle quand le dernier de nos enfants sera né.

Je regrette qu’on doive mettre ainsi fin à notre correspondance, Max. Il n’est pas exclu que nous nous retrouvions un jour, sur un terrain où nous pourrons développer une meilleure compréhension mutuelle.

Cordialement

Martin Schulse

 

DEUTSCH-VOELKISCHE BANK UND HANDELSGESELLSCHAFE

MUNICH, ALLEMAGNE

Le 8 décembre 1933

Mr Max Eisenstein

Galerie Eisenstein

San Francisco,

Californie, USA

Cher Max,

Heil Hitler ! Je regrette beaucoup d’avoir de mauvaises nouvelles à t’apprendre. Ta sœur est morte. Malheureusement pour elle, elle s’est montrée stupide. Il y a quinze jours, elle est arrivée ici, avec une horde de SA, qui défilaient sur le chemin, pratiquement sur les talons. La maison était pleine de monde — Elsa n’est pas bien depuis la naissance du petit Adolf, le mois dernier. Le médecin était là, ainsi que deux infirmières, tous les domestiques, et les enfants qui couraient partout.

Par chance, c’est moi qui ai ouvert la porte. Tout d’abord, j’ai cru voir une vieille femme, puis j’ai vu son visage — et j’ai vu aussi les SA qui passaient déjà devant les grilles du parc. J’avais une chance sur mille de pouvoir la cacher. Une domestique pouvait surgir à tout moment. Avec Elsa couchée là-haut, malade, comment aurais-je pu supporter que ma maison fût mise à sac ? Et pouvais-je courir le risque d’être arrêté pour avoir tenté de sauver une Juive et de perdre tout ce que j’avais construit ici ? Bien sûr, en tant que patriote, mon devoir m’apparaissait clairement. Elle avait montré sur scène son corps impur à des jeunes Allemands : je devais la retenir et la remettre sur-le-champ aux SA.

Mais cela, je ne l’ai pas fait. Je lui ai dit :

« Tu vas tous nous faire prendre, Griselle. Cours vite te réfugier de l’autre côté du parc. » E1le m’a regardé dans les yeux, elle a souri, elle m’a dit : «La dernière chose que je souhaite, Martin, c’est te nuire », et elle a pris sa décision (elle a toujours été une fille courageuse).

Elle devait être épuisée car elle n’a pas couru assez vite et les SA l’ont repérée. Je suis rentré, impuissant quelques minutes plus tard, ses cris s’étaient tus. Le lendemain matin, j’ai fait transporter son corps au village pour l’enterrer. C’était stupide de sa part d’être venue en Allemagne. Pauvre petite Griselle… Je partage ta peine mais, comme tu vois, je ne pouvais pas l’aider.

Maintenant je dois te demander de ne plus m’écrire. Chaque mot qui arrive dans cette maison est désormais censuré, et je me demande dans combien de temps, à la banque, ils se mettront à ouvrir le courrier. Je ne veux plus rien avoir à faire avec les juifs, mis à part les virements bancaires et leurs reçus. C’est déjà bien assez fâcheux  pour moi, qu’une Juive soit venue chercher refuge dans mon domaine. Je ne tolérerai plus d’être associé d’une manière ou d’une autre avec cette race.

Martin Schulse.

[1]Les « peintres non accrédités » : pour les nazis, l’art est un instrument efficace de propagande, donc dangereux.

En 1937, à Munich, a lieu une exposition sur « l’art dégénéré », réunissant des œuvres de Chagall, Dix, Grosz, Kandinsky, Klee, Kokoschka…

Les nazis qualifient « d’art dégénéré » les œuvres d’artistes « impurs » (juifs et/ou communistes) et de peintres futuristes ou cubistes qui, pour Hitler, sont des « hommes atteints de troubles mentaux ou des criminels »; il faut donc les censurer, les éliminer. Pablo Picasso sera une des cibles privilégiées du nazisme.

[2] Moscou : Selon Hitler, juifs et bolchéviks sont responsables du déclin de l’Allemagne. Le 26 mai 1933, une loi interdit le Parti communiste, considéré comme responsable de l’incendie du Reichstag. Les communistes seront les premiers occupants des camps de concentration.